Dans Mogadiscio en guerre, la difficile mission des soldats de l'Amisom
Afrique

@rib News, 25/11/2009 – Source AFP

Un soldat de ll'Union africaine en Somalie positionné sur le toit d'une base de la mission à Mogadiscio le 24 novembre 2009"En avant!": collée à l'oreille d'un caporal ougandais, la radio crache les ordres du chef d'un convoi de la force de paix de l'Union africaine en Somalie (Amisom).

Dans un nuage de poussière, les trois véhicules blindés blancs démarrent en trombe, vers les positions des soldats de l'UA en plein cœur de Mogadiscio en guerre.

Un son métallique de culasse résonne dans la cabine: du haut de leur tourelle, les servants des mitrailleuses 12,7 mm viennent d'engager une balle dans le canon de leur arme, prêts à ouvrir le feu.

L'ancienne avenue qui mène de l'aéroport, principale base des soldats de l'Amisom, au centre-ville n'est plus qu'une route poussiéreuse défoncée où circulent de rares véhicules brinquebalants.

Les soldats ougandais et burundais de la force de paix y ont été à plusieurs reprises la cible d'engins piégés, qui ont disparu avec la mise en place d'un poste avancé.

Le détachement "migration" - baptisé ainsi car installé dans un bâtiment de l'ancienne administration des frontières - surveille toute cette partie sud-est de la ville.

L'endroit jouxte un baraquement crasseux où somnolent avachis des miliciens pro-gouvernementaux. Trois immeubles défraîchis se font face autour d'une cour carrée, sur les toits desquels des militaires ougandais cachés derrière des sacs de sable passent leur journée à scruter l'horizon.

"D'ici, nous pouvons surveiller toute l'avenue jusqu'au centre-ville", explique le chef de poste, le lieutenant David Orejcho.

Les poseurs de bombe ne peuvent donc plus nuire, mais les snipers insurgés ont pris le relais. Interdiction de circuler plus de quelques instants à découvert sur les toits, "sinon vous risquez de vous faire descendre".

Le convoi reprend sa route, cette fois vers "kilomètre 4", "K4" pour tous les Somaliens, où quelques dizaines de militaires ougandais veillent, depuis un immeuble voisin criblé d'impacts de balles, sur ce rond-point stratégique de la capitale.

Un long coup de klaxon, deux coups de feu claquent: le mitrailleur d'un blindé de l'Amisom tente de faire dégager de la route un bourricot entêté, au milieu des minibus bondés de passagers, sous le regard amusé des miliciens en armes.

"Qui tient K4 tient Mogadiscio", résume le chef de détachement ougandais, le capitaine Oscar Kuche. "K4 contrôle les accès à tous les points clés de la ville".

Derrière un simple portail de fer rouillé, renforcé de sacs de sable empilés, son compound est 3 à 4 fois par semaine la cible de snipers ou de tirs de mortiers, auxquels les militaires de l'Amisom "ripostent immédiatement" à l'aide d'une batterie de mortiers alignés devant sa porte.

Ils interviennent occasionnellement en renfort des forces pro-gouvernementales lorsqu'elles y affrontent les islamistes shebab, dont le bastion - le marché de Bakara - n'est qu'à quelques centaines de mètres de là.

Dernière position de l'Amisom avant la présidence et point "le plus chaud" pour les soldats ougandais, "Shakara" offre une vue plongeante sur les quartiers islamistes.

Retranchés dans une maison à demi-effondrée criblée d'éclats, les militaires de la force de paix, gilets pare-balles et casques lourds, y font une cible idéale pour les insurgés.

Indifférents à ces menaces, de respectables barbus quinquagénaires devisent paisiblement dans la rue, assis à l'ombre d'un acacias. Des femmes voilées se regroupent devant une petite échoppe voisine.

Des combats à l'arme lourde font rage dans le lointain, les blindés de l'Amisom filent à pleine vitesse. Ainsi va la guerre à Mogadiscio.