Climat†: Meles Zenawi "sape" les positions de l'Afrique
Afrique

@rib News, 16/12/2009 – Source AFP

La coalition d'ONG africaines "Pan-African Climate Justice Alliance" a vivement dénoncé l'appel sur le climat publié mardi par le président français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi, jugeant que ce dernier cherchait à vendre l'Afrique et "sapait" le travail des négociateurs africains.

"Nous condamnons l'appel de Meles Zenawi et du président français Nicolas Sarkozy. Avec un tel document, le Premier ministre Meles Zenawi sape les positions courageuses de nos négociateurs et de nos ministres présents (à la conférence climat de Copenhague) et menace l'avenir de l'Afrique", indiquent les ONG dans un communiqué intitulé "L'Afrique ne sera pas vendue".

Elles reprochent notamment à la déclaration de viser un réchauffement de 2°C maximum par rapport à l'ère préindustrielle "qui se traduirait par une hausse des températures de +3,5°C sur le continent africain, menaçant la vie de centaines de millions de gens, dont le peuple éthiopien".

Soulignant qu'à ce stade de la négociation, seule une aide globale de 10 milliards de dollars sur trois ans, dès 2010, semble garantie aux pays les plus vulnérables, la coalition conclut : "Si le Premier ministre (éthiopien) veut vendre les vies et les espoirs des Africains pour une bouchée de pain, libre à lui. Mais ce n'est pas la position de l'Afrique", insiste Mithika Mwenda, l'un des responsables.

Enfin, les militants condamnent les tactiques visant à "diviser pour mieux régner engagées par la France et d'autres".

Dans un appel commun publié mardi, la France et l'Ethiopie, "représentant l'Afrique", selon les termes du communiqué, demandent "une réduction de 50% des émissions globales de CO2 en 2050 par rapport à 1990".

"Nous sommes d'accord sur les chiffres de réduction, l'objectif d'obtenir que l'augmentation de la température ne soit pas supérieure aux 2 degrés", a déclaré M. Sarkozy à l'issue d'un déjeuner avec M. Zenawi, soulignant que l'Europe et l'Afrique étaient "sur la même ligne politique".

Les Etats de l'Union africaine ont accepté de faire de Meles Zenawi leur "négociateur en chef" à Copenhague, afin de parler d'une seule voix et tenter d'avoir plus de poids aux négociations sur le réchauffement de la planète dont l'Afrique est la première victime.

Texte commun France-Afrique avec objectifs chiffrés

La France et l'Afrique ont publié mardi un texte commun sur la conférence de Copenhague incluant des objectifs chiffrés sur la limitation à 2 degrés de la hausse de température et sur le financement, a annoncé Nicolas Sarkozy avec le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi.

Selon eux, l'accord de Copenhague "sera applicable immédiatement".

"Nous allons vous donner un texte commun. Avec le coordonnateur de l'Afrique sur toutes les questions de Copenhague, nous sommes d'accord sur les chiffres de réduction, l'objectif d'obtenir que l'augmentation de la température ne soit pas supérieure aux 2 degrés" (par rapport à l'ère pré-industrielle), a déclaré M. Sarkozy à l'issue d'un déjeuner à l'Elysée avec M. Zenawi.

"Nous sommes d'accords sur le fast start, les 10 milliards de dollars" par an pour aider les pays émergents, a-t-il poursuivi.

"Un tel enjeu pour la planète est tellement important qu'une alliance entre l'Afrique et l'Europe est absolument cruciale, c'est le discours que je vais tenir avec M. Obama", a ajouté le chef de l'Etat français.

Nicolas Sarkozy a également annoncé qu'une conférence téléphonique était prévue mardi après-midi entre lui et le président américain Barack Obama, la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique Gordon Brown pour faire le point des négociations de Copenhague.

Dans leur "appel commun pour un "accord ambitieux à Copenhague", le chef de l'Etat et le Premier ministre éthiopien, porte-parole des 51 pays africains pour les discussions sur le réchauffement climatique, demandent "une réduction de 50% des émissions globales de CO2 par rapport à 1990".

Ce chiffre est conforme à ce que recommande le Groupe intergouvernemental d'étude climatique (GIEC), ce qui avait été accepté par les pays industrialisés, réunis à L'Aquila (Italie) en juillet dernier.

Ils demandent également l'adoption d'un fonds "fast start", doté de 10 milliards de dollars par an, pour 2010, 2011 et 2012, afin de "financer les actions d'adaptation et d'atténuation, y compris la lutte contre la déforestation, principalement dans les pays pauvres et vulnérables".

Lors d'une rencontre au sommet du Commonwealth à Trinidad, le 27 novembre, Nicolas Sarkozy et Gordon Brown étaient tombés d'accord sur ce chiffre "auquel les Etats-Unis doivent contribuer", a précisé M. Sarkozy. "Nous avons besoin que les Etats-Unis donnent leur accord au fast start. Le président Obama a parlé de ses liens avec l'Afrique, c'est l'occasion de le montrer", a-t-il ajouté.

A partir de 2013, "les financements disponibles devront être prévisibles et additionnels", c'est-à-dire qu'ils s'ajouteront à l'aide au développement, indique le texte de l'appel. Paris et Addis-Abeba appellent, en particulier, à "la création d'une taxe sur les transactions financières internationales".

Enfin, la France et l'Afrique appellent à "une réforme ambitieuse de la gouvernance mondiale". Selon MM. Sarkozy et Meles Zenawi, "la conférence de Copenhague offre une occasion historique de lancer un processus conduisant à la mise en place d'un organisation mondiale de l'Environnement".

"L'Europe et l'Afrique sont sur la même ligne politique", s'est félicité M. Sarkozy. A Copenhague, "on y va ensemble", a-t-il insisté. "Il n'y aura pas d'accord mondial qui n'inclut pas l'Afrique", a de son côté prévenu Meles Zenawi.