52 ans après l’assassinat de Paul Mirerekano de nombreuses questions demeurent
Paul Mirerekano

@rib News, 19/10/2017

VERS LA REHABILITATION DE MIREREKANO PAUL

Aujourd’hui le 19 octobre 2017 marque, jour pour jour, la 52ème année après l’assassinat du Premier Vice-Président de l’Assemblée Nationale Paul MIREREKANO ainsi que le massacre de tous les élus du Peuple de l’ethnie Hutu à l’exception de ceux qui ont échappé de justesse comme l’Honorable feu Léon MANWANGARI. Cependant, il faut noter que les auteurs ne sont pas unanimes sur la date exacte de l’assassinat de l’Honorable MIREREKANO Paul. Les uns soutiennent la date du 19 octobre. D’autres celle du 25 octobre 1965. Quoi qu’il en soit, il a été arrêté le 19 octobre 1965.

Pendant cette même année de 1965, la série de  massacres a emporté plus de 50 000 Burundais. Rappelons que c’est cette même année, plus précisément le 15 janvier 1965, qui marque la date de l’assassinat du Premier Ministre Pierre NGENDANDUMWE. Qui plus est, le 10 mai 1965 fixe la date de la première abolition de la Constitution du Burundi par ceux qui ont organisé ces assassinats et massacres, suspendant ainsi le processus démocratique jusque mars 1992.

Qui sont les auteurs de ces massacres ? Selon le rapport de la CIA (Central Intelligence of America), daté le 28 mai 1965 et déclassé le 22 août 2008,  ce sont « les Tusti radicaux qui ne voulaient pas abandonner immédiatement leur domination d’antan » face aux « Hutus qui avaient gagné une immense majorité dans la nouvelle Assemblée Nationale aux élections de la mi-mai»... Les Tusti radicaux « envisageaient prendre des mesures plus drastiques, y compris probablement un coup d’Etat ». D’après ce même rapport « une figure politique et populaire encore en exil, Paul MIREREKANO, devait être appelé pour diriger cette Assemblée ». Pour plus d’information consultez www.cia.gov/library/readingroom/collection/crest-25-year-program-archive

Selon le Directeur de la Sûreté Nationale dès 1962, Monsieur Boniface Fidel KIRARANGAYA, dans son livre La Vérité sur le Burundi, les anciens Premier Ministre André MUHIRWA et Albin NYAMOYA ainsi que l’ancien ministre de l’Intérieur Jean NTIRUHWAMA et le Capitaine Michel MICOMBERO constituaient le fer de lance de ces Tusti radicaux. Le Capitaine MICOMBERO, qui en était le bras musclé, réalisa le coup d’Etat et détruisit l’Assemblée Nationale et la Monarchie. Le Roi Mwambutsa qui avait des amis parmi les élus, surtout MIREREKANO Paul, prit le chemin de l’exil en Suisse.

Diabolisé par les ennemis de la démocratie, le nom de MIREREKANO était désormais tabou devant le public depuis 1965. Avant la victoire électorale du CNDD-FDD en 2005, sauf dans la très brève période de la présidence de Son Excellence NDADAYE Melchior, n’a-t-on pas entendu des citoyens emprisonnés pour avoir prononcé ce nom ? Après cette victoire de 2005, le nom de MIREREKANO Paul rebondit de plus en plus dans les media publics surtout les 13 octobre et les 1er juillet, ce qui laisse croire que l’Etat s’oriente vers la réhabilitation de Paul MIREREKANO.

Pour la première fois depuis 1965, le nom de MIREREKANO Paul a été évoqué à l’occasion des cérémonies de ce 13 octobre 2017, commémorant l’assassinat du Héros National, le Prince Louis RWAGASORE. Lors de sa déclamation de la vie du Prince L. RWAGASORE au mausolée de celui-ci, le Maître de cérémonie de ce 13 octobre, M. Joseph BANYENDEZA, a souligné, devant Son Excellence le Président de la République et les Corps Constitués, que « RWAGASORE est parti avec MIREREKANO chez LUMUMBA pour les fêtes de l’Indépendance du Congo ». Il a ajouté que « MIREREKANO était Trésorier Général de l’Uprona tandis RWAGASORE était Conseiller Général de l’UPRONA ». Pour terminer d’évoquer le nom de ce Premier Vice-Président de l’Assemblée Nationale de 1965, Monsieur Joseph BANYENDEZA a rappelé que l’Agronome « MIREREKANO est l’initiateur des cultures maraichères au Burundi. »

Parlant du Prince RWAGASORE au cours du débat télévisé dédié à la soirée du 13 octobre 2017, le Professeur SENTAMBA a souligné que: «Malgré sa stature de Premier Ministre, il n’a jamais discriminé des citoyens sur base de leur ethnie ou leur région d’origine. Vous avez tous appris qu’il était un ami intime de Paul MIREREKANO : ils étaient comme des frères».

Au cours du même débat, l’Ancien Président de la République, Sylvestre NTIBANTUNGANYA a expliqué comment Paul MIREREKANO a été discriminé après la victoire de l’UPRONA: « De graves problèmes sont survenus plus tard. Pourquoi ? Après la victoire de l’UPRONA, les problèmes sont apparus dans le Parti dès l’évidence que le Prince RWAGASORE allait devenir Premier Ministre et que quelques-uns parmi les dirigeants du Parti allaient entrer au Gouvernement et que c’était le moment  d’élire un nouveau président du Parti.

Au moment de l’Indépendance du Congo sous le leadership de Patrice LUMUMBA, le Prince RWAGASORE était invité  à Léopoldville, Kinshasa. Il s’est fait accompagner par Paul MIREREKANO ». C’était le 30 juin 1960.

Avant le retour au Burundi, le Prince RWAGASORE a demandé asile au Congo pour MIREREKANO afin de le mettre à l’abri de la diabolisation de ceux, au pays, qui prétendaient que  RWAGASORE et MIREREKANO étaient des communistes ». S’adressant au Professeur SENTAMBA sur ce même panel de la RTNB, le Président NTIBANTUNGANYA a rappelé que : » le Prince l’a mis à l’abri, comme vous l’avez déjà signalé parce que c’était son ami politique le plus proche.

Le Président NTIBANTUNGANYA de poursuivre: « Après la victoire de l’UPRONA, RWAGASORE a demandé à MIREREKANO de rentrer au Burundi immédiatement parce qu’ils étaient dorénavant au pouvoir et que MIREREKANO ne subirait plus de menaces ». Selon toujours le Président NTIBANTUNGANYA, le Prince RWAGASORE a déclaré, en outre, qu’il « va lui-même s’investir pour que MIREREKANO devienne le président du Parti UPRONA, mais qu’il ne sera pas nommé et qu’il présentera sa candidature aux élections ».

Le Président NTIBANTUNGANYA a mis en garde contre ce qu’il a appelé « cette mauvaise habitude de chercher à détourner les bulletins électoraux au niveau du pays ou au niveau des partis politiques. Ce sont ces habitudes »  s’exclamait-il « qui provoquent des catastrophes dans le pays.  En effet, ceux qui s’opposaient à ce que MIREREKANO soit élu, ont empêché à une grande partie de ceux qui voulaient l’élire en bloquant les routes donnant accès aux urnes. Ce jour fut le point de départ des conflits internes à l’UPRONA, qui ont mené à la chute de la monarchie ».

Ce témoignage du Président NTIBANTUNGANYA est confirmé par Monsieur Boniface Fidel KIRARANGAYA, dans son livre La Vérité sur le Burundi p.40. Ce dernier précise que cette fraude électorale a été organisée le 14 septembre 1962 à Muramvya par le tandem André MUHIRWA et Jean NTIRUHWAMA. Mr KIRARANGAYA souligne à la p.40 du même livre, qu’il a « lui-même, en tant que  directeur de la Sûreté Nationale et Président du Bureau Politique de l’UPRONA, placé  trois pelotons de policiers à l’entrée de Muramvya pour bloquer la voie aux électeurs venus de Ruyigi », notamment.

La veille du 13 octobre 2017, la Radio Nationale (RTNB) avait signalé que « le Prince RWAGASORE Louis, MIREREKANO Paul et Thaddée SIRYUYUMUSI sont les fondateurs du Parti UPRONA » en 1958. Quand on connait le rôle de l’UPRONA dans la lutte pour l’Indépendance du Burundi, l’affirmation de la RTNB se passe de commentaires en ce qui concerne l’Honorable MIREREKANO Paul. En outre, personne actuellement au Burundi ne met en doute le rôle personnel joué par ces trois hautes personnalités dans l’avènement de l’Indépendance du Burundi.

Jérôme Ndiho