Patrick Bizindavyi, ŗ la poursuite de ses passions du Burundi au Canada
Diaspora

Radio-Canada, 7 février 2021

 Originaire du Burundi, Patrick Bizindavyi a deux grandes passions : la radio et le basketball. Ces passions l'ont guidé tout au long de son parcours en tant que réfugié au Canada. [Photo : Patrick Bizindavyi a pu couvrir la victoire des Raptors au championnat de la NBA en 2019, tout en représentant son Burundi d'origine. PHOTO : COURTOISIE.]

Aujourd’hui, il est spécialiste junior en relations avec les communautés à ICI Ontario, mais le parcours pour y arriver a été rempli d’obstacles assez uniques.

Alors étudiant universitaire à Bujumbura, Patrick participe à un camp de basketball alors que la guerre civile éclate tout près, à la suite de l’assassinat de Melchior Ndadaye en 1993. Bientôt, les bruits de coups de feu font partie de la vie quotidienne.

« Le plus dangereux, c’est de s’habituer à la guerre », dit-il. « Après quelques mois, quelques années, on entend des coups de feu et on sait si c’est près ou c’est loin, on s’habitue, la vie continue. »

Ils tiraient dans mon quartier, et dix minutes plus tard je sortais pour acheter une limonade parce que je disais : “Ah, c’est fini”. C’est à mon arrivée au Canada où je me suis dit, “finalement, je peux dormir tranquille”.

Malgré les tensions, il reste bien implanté au Burundi et réussit à vivre de ses passions : il enseigne le matin, il entraîne au basketball l’après-midi et il anime une émission sportive à la radio privée de sa région.

Enfin, c’est suite au coup d’État raté en avril 2001, dans lequel les forces rebelles ont occupé les bureaux de la station de radio nationale, que Patrick Bizindavyi a commencé à considérer quitter son pays d’origine.

Quelques mois plus tard, il est invité au Canada pour participer à un projet de Radio-Canada, à Montréal. À la veille de son départ, un incident a lieu et il décide qu’il restera en occident.

« J’ai appelé mon superviseur à la radio pour lui dire que je voyageais le lendemain et lui dire au revoir », raconte Patrick Bizindavyi. « Après, je suis parti à la maison et j’ai entendu des coups de feu; mais nous les coups de feu, c’était normal. »

« Au journal du soir, j’ai appris que c’est mon superviseur qui était visé. Il est mort avec son fils. Je lui parlais dix minutes avant. »

Alors en été 2002, il arrive au Canada avec 60 $ que sa mère lui a donnés, et après son séjour à Montréal, décide de se rendre à Toronto, ville choisie en raison de la présence d’une équipe de la NBA.

Mais en ce mois de juillet 2002, au moment des Journées mondiales de la jeunesse à Toronto, alors que des dizaines de milliers de pèlerins se retrouvent dans la Ville Reine pour voir le pape Jean-Paul II, les abris pour réfugiés atteignent leur pleine capacité.

Alors, Patrick passe ses premières semaines à Toronto à vivre dans un refuge pour sans-abris et à se promettre de trouver un emploi en radio.

J »’étais vraiment convaincu que j’allais travailler à la radio, mais là mes amis ont commencé à se moquer : “Tu es homeless, comment est-ce que tu peux rêver de travailler à la radio?”, » relate-t-il.

« Six mois plus tard, mon premier emploi au Canada, c’était à la radio. »

Plus récemment, en 2019, un grand rêve se réalise pour Patrick Bizindavyi : celui d’assister au championnat des Raptors de Toronto et d’en faire la couverture médiatique.

« C’était l’expérience d’une vie! J’ai commencé à regarder la NBA quand j’avais 12 ans », lance-t-il.

« Je n’avais jamais pensé qu’un jour le petit garçon de 11 ou 12 ans qui a commencé à jouer allait se trouver aux finales de la NBA où les plus grandes stars sont là. »