Burundi : Halte aux tentatives díintoxication et de manipulation de líopinion !
Opinion

@rib News, 24/04/2014

La machine de la manipulation de l’opinion est toujours à l’œuvre au Burundi

Par Isaac Bakanibona

 Quand je rédigeais l’appel du 11 avril 2014 par lequel je demandais à chacun d’agir pour lutter contre le fléau de la manipulation après les manifestations du  Bureau des Nations Unies au Burundi (BNUB), je ne savais pas que celui-ci a osé transcrire des allégations mensongères de distribution d'armes à une partie de la population.

Je suis étonné par la réaction de certains groupes, certainement à l’origine de cette rumeur, qui demandent à cor et à cri la création d’une Commission Indépendante pour mener les investigations alors que tous les témoignages sur place ne rapportent aucun indice sur la réalité de ces allégations. 

A ce propos, on se demande si à chaque fois qu’il y aura rumeur, il y aura toujours création d’une telle commission. Si oui, on aurait donné une brèche à l’imagination féconde de certains esprits qui ne manquent jamais de produire des rumeurs sur tout et rien. Il ne faudrait surtout pas oublier que, derrière cette proposition apparemment « acceptable », des manœuvres, destinées à influencer les résultats dans le sens de tenter de confirmer les propos tenus depuis des années, ne peuvent être exclus.

Après s’être rassuré sur terrain, la raison est devenue évidente : cette allégation traduit, dans le cas le moins grave, une stratégie commune, entre les fonctionnaires du BNUB et certains groupes de burundais, adoptée pour favoriser le maintien du BNUB et son mandat, contrairement à la résolution récemment adoptée par le Conseil de sécurité.

L’autre possibilité, à laquelle l’on est obligé de penser eu égard aux propositions qui ont rapidement suivi ces allégations comme les sanctions à l’encontre du Burundi, renvoie à une réelle préparation d’un conflit armé dans le pays, ce qui réclamerait effectivement la présence du BNUB. Mais les Burundais restent confiants que la communauté internationale ne se laissera pas abuser et entraîner dans un conflit qui serait initié par des politiciens en mal de popularité. La concomitance de ces pseudo-révélations avec la commémoration du génocide rwandais explique l’émotion de certains membres de la communauté internationale.

L’on devrait se poser la question suivante : pour quel intérêt, ces groupes réclament–ils le maintien du BNUB actuel ? D’un côté, quelques politiciens semblent avoir renoncé à la participation aux élections (la correspondance de M. Léonce NGENDAKUMANA suggère « une autre voie » qui ne peut être que celle des négociations avec tout ce qui s’en suit….Tentative de manipulation mais le piège est grossier).

Pour les autres groupes, l’on peut légitimement se demander si l’intérêt n’est pas identique avec celui des agents du BNUB ou probablement le sont-ils effectivement ? Pour certains membres de la société civile, il n’est un secret pour personne que le BNUB est leur vache à lait ou mieux leur « Boîte » puisqu’ils sont appuyés dans leurs activités et sont même impliqués étroitement lorsqu’il s’agit d’accorder ou pas des appuis à d’autres demandeurs (l’épisode du refus de l’appui au Comité technique pour la mise en place d’un cadre de concertation de la société civile et les pouvoirs publics est significatif).

Une autre intention de manipulation s’est manifestée pendant la nuit du 21 au 22 avril 2014. Des rumeurs se sont propagées à toute vitesse sur certaines stations de radios qu’il y a incendie de la Banque de la République du Burundi (BRB) et cela tout simplement à la vue d’une fumée provenant de ses enceintes. Informer en soi qu’il y a une fumée n’était pas mauvaise mais diffuser et confirmer l’incendie sans détenir des preuves est pour le moins symptomatique d’une mauvaise foi, pourquoi pas une intention de nuire.

Un journaliste a osé déclarer à la radio, à minuit quarante et une minute (00h41’), qu’il vient de quitter le site de la banque parce que « sa vie aurait été en danger ».  Pourtant, en plus de la population, il y avait plusieurs journalistes de différents médias nationaux et internationaux. Qui en voulait à sa vie, lui seul et pourquoi ?

Une autre personne a regretté que « les leaders d’opinions les plus populaires » n’aient pas eu la possibilité d’arriver sur les lieux pour se rendre compte de ce qui se passaient réellement. Faut-il comprendre qu’il y a des personnes qui doivent nécessairement être témoins de situations pour que ces dernières soient normalement rapportées ? Fallait-il, au lieu de prendre les mesures qui s’imposaient c’est-à-dire informer l’opinion sur l’origine de la fumée, inviter des groupes divers pour engager une polémique ou des débats? Ou probablement que ces « leaders » sont tellement compétents que rien ne peut se faire sans eux.  S’il y avait eu effectivement catastrophe, ces insinuations auraient été certainement le point de départ d’accusations, comme cela est devenu une habitude sous nos cieux : arrogance, suspicion permanente, accusations tous azimuts, voilà le style préféré de certains de nos compatriotes.

La critique facile et inappropriée avec tentative d’intoxication de l’opinion a donc eu cours.  Alors qu’un message du Gouverneur  de la BRB était déjà passé sur les ondes de la Radio nationale (RTNB), des allégations mensongères ont continué de fuser de certaines autres radios : incendie de la banque, les canaux d’information du Gouvernement ne fonctionnent pas etc. L’intention était-elle celle d’informer ?

A voir de près cet épisode, il se remarque que la machine de la manipulation de l’opinion est toujours à l’œuvre et peut malheureusement tromper les citoyens peu ou pas informés.

A partir d’un fait, somme toute banal, puisqu’il ne s’agissait que d’une destruction de billets usés, une exploitation tendancieuse (vie en danger par qui, leader d’opinion ( ?) empêché d’accéder à la scène, affirmation persistante d’un incendie imaginaire, ...) heureusement rapidement étouffée, aurait pu conduire à une situation de confusion et de peur. Comme dans les romans policiers, l’on pourrait se demander à qui profite « le crime », car à coup sûr, ce n’est pas le peuple burundais. J’appelle donc tous les burundais à se mobiliser pour faire échec à la manipulation qui a fait tant de mal au pays.

Rappelons-nous, tous les drames vécus dans ce pays ont démarré sur des rumeurs et des accusations sans fondement et tous savent ce que cela a coûté.

Fait à Bujumbura le 24 avril 2014

Par BAKANIBONA Isaac