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La Libre Afrique, 11 juin 2025 Le président sera donc encore plus le seul maître à bord d’un navire qui tangue de toutes parts. Une semaine après les scrutins législatifs et communaux, les résultats nationaux sont tombés au Burundi et le parti du président Ndayishimiye n’a abandonné que quelques miettes à ses opposants en récoltant 96,61% au niveau national. L’Union pour le progrès national (Uprona) arrive en deuxième position avec… 1,38 %, tandis que le Congrès national pour la liberté (CNL) ne se voit attribuer que 0,58 %.
Le CNDD-FDD fait donc main basse sur les 100 sièges en jeu au parlement national, avant cooptation. Seuls les membres de l’ethnie Twa, auxquels trois sièges sont garantis dans l’hémicycle, devraient quelque peu troubler l’homogénéité des couleurs d’une l’assemblée forte de 123 sièges au total.. Avant ce scrutin, le parti au pouvoir disposait déjà des deux tiers des voix avec 86 élus sur les 123 (le CNL avait 32 sièges et l’Uprona 2). Irrégularités “La journée de vote a été relativement sereine, expliquait le 5 juin, jour du scrutin, un proche de Patrick Nkurunziza, le président de la coalition Burundi Bwa Bose, qui ajoutait : “ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu d’irrégularités. J’ai personnellement reçu de nombreux témoignages inquiétants tout au long de la journée”. Le CNL se montrait beaucoup plus critique dès avant la fermeture des bureaux, évoquant les “votes multiples, les votes forcés avec accompagnement des électeurs dans l’isoloir” et même “la chasse et l’interdiction d’accès des mandataires” de son parti. Une semaine plus tard, le verdict est tombé et la colère est perceptible dans l’opposition mais aussi dans la rue. Qui, comme de coutume dans ce pays, officiellement, se tait. “On savait que ce scrutin serait une pantalonnade mais le CNDD-FDD est encore allé plus loin. C’est risible. Le pouvoir devait rafler tout pour répondre aux promesses délirantes qui ont été faites et limiter la grogne au sein d’un parti moins stable qu’il n’y paraît”, explique un avocat de Bujumbura. “En s’arrogeant cette victoire absolue, Les maquisards du CNDD-FDD tuent la démocratie. Le Burundi n’existe plus”, explique un candidat de l’opposition malheureux et particulièrement fâché “même si je n’attendais pas grand-chose de ce scrutin”. Avec ce résultat, le parti présidentiel ne pourra pas chercher à blâmer ses opposants pour les échecs de sa gouvernance. Il est seul maître à bord d’un navire totalement exsangue. Désormais, la colère est presque aussi perceptible que la peur dans un pays où le silence est élevé au rang de vertu cardinale. Hubert Leclercq
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