|
RFI, 03/06/2025 En proie à une grave crise socio-économique, les Burundais semblent résignés et s'apprêtent à voter le 5 juin sans enthousiasme pour des élections législatives sans véritable enjeu électoral. Pénurie de carburant, menaces, intimidations et même agressions physiques par les militants du CNDD-FDD au pouvoir, les partis d'oppositions ne cachent pas leur frustration après trois semaines de campagne sur le terrain. « Franchement, la campagne a été très difficile pour nous », avoue Patrick Nkurunziza, le président de la coalition Burundi bwa bose (« Un Burundi pour tous » en français).
C'est un autre son de cloche que l'on entend du côté du CNDD-FDD, aux moyens quasi illimités, qui a mené une campagne hors norme ayant éclipsé tous ses concurrents, aux moyens plus limités. « Nous avons trop souffert pour arriver à la tête de ce pays, on ne va rien lâcher » ou « nous resterons au pouvoir jusqu'au retour de Jésus », chantent en boucle les militants du parti au pouvoir. Signe qu'ils sont prêts à tout pour rester à la tête du Burundi. Ce qui nie le CNDD-FDD. Opération « one million » Evariste Ndayishimiye qui a mené cette campagne au pas de charge pour le CNDD-FDD a multiplié les promesses. La plus spectaculaire : celle qu'il a nommée « Opération one million », la promesse de faire de chaque Burundais un millionnaire d'ici à deux ans, date de la prochaine présidentielle. « C'est une promesse qu'il ne pourra pas tenir », tranche un économiste, qui rappelle que le Burundi traverse une grave crise socio-économique et qu'il est devenu le pays le plus pauvre du monde, selon la Banque mondiale. 76% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. La population, très préoccupée quant à elle par la vie chère et les pénuries de toutes sortes, « est restée plus ou moins indifférente à la campagne électorale », estime un politologue burundais. Elle considère que tout est joué d'avance depuis que l'opposant historique Agathon Rwasa et la douzaine de députés qui lui sont proches ont été écartés par le pouvoir des prochaines législatives et communales, l'équivalent des municipales, qui auront lieu jeudi. Des scrutins découplés de la présidentielle prévue dans deux ans, conformément à la Constitution adoptée en 2018. Signe que tout semble joué d'avance, s'inquiète un diplomate : tous les médias émettrons en synergie le jour du double scrutin. C'est par ailleurs une commission dirigée par un responsable du ministère de la Communication qui a désigné les journalistes qui seront sur le terrain pour couvrir ces élections. Ils n'auront pas le droit de donner des résultats autres que ceux proclamés par la Ceni, au risque de se voir infliger une peine de cinq à dix ans de prison, selon le Code électoral.
|