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RFI, 11/05/2025 Le Burundi classé parmi les pays les plus pauvres du monde, se vide de ses médecins, généralistes et spécialistes depuis 2020. C'est ce qu'a reconnu le gouvernement depuis 2023, en parlant de plusieurs centaines de médecins partis pour les pays voisins ou encore en Europe. Pour essayer de les retenir, la ministre de la Santé publique et son collègue des Finances ont signé il y a trois mois une ordonnance qui institue une prime de stabilisation et des frais d'éloignement pour ceux qui travaillent loin de Bujumbura. Des avantages censés être suffisamment attrayant pour qu'ils ne prennent plus les chemins de l'exil.
Au Burundi, les premiers médecins ont commencé à percevoir ce nouveau traitement cette semaine, selon plusieurs sources. Pour ceux qui ont déjà été payés selon ce nouveau barème, un médecin généraliste qui touchait jusqu'ici quelque 500 000 Francs burundais, environ 170 dollars, a en plus des frais de stabilisation fixes de 1 millions de Fbu, auxquels s'ajoutent des frais d'éloignements qui vont jusqu'à 500 000 pour les plus éloignés de Bujumbura. C'est jusqu'à quatre fois le salaire mensuel perçu jusqu'ici. Et pour les spécialistes, il va être multiplié par 5 pour les plus éloignés de la capitale économique du pays. Cerise sur le gâteau, le gouvernement a promis que ces primes seront rétroactives à partir de juillet 2024. Un soulagement, reconnaît un médecin syndicaliste. « Cela devrait freiner l'expatriation des médecins burundais, mais il faut que la mesure soit étendue également aux médecins contractuels, qui sont les plus nombreux, selon lui. Il faudrait également que le gouvernement parvienne à stabiliser les prix, la vie est devenue invivable au Burundi », ajoute le syndicaliste. Le taux d'inflation flambe, il était à pratiquement 41 % au mois de mars, et de 225% pour le loyer, selon la banque centrale. Un économiste burundais rappelle que « le pays traverse une grave crise économique ». « Je ne vois pas comment le gouvernement pourra financer ces primes, à moins d'utiliser la planche à billets, de quoi nourrir un peu plus une inflation galopante », dit-il.
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