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Radio-Canada, 15 Juillet 2025 Un appel à la prévention après le suicide d’un étudiant africain de l’UQAC La mort tragique d’un étudiant du Burundi, survenue au début juillet à Saguenay, provoque une onde de choc au sein de la communauté universitaire. Le jeune homme, inscrit à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) depuis deux ans, s’est enlevé la vie après avoir subi des échecs dans ses cours, selon son entourage. L’idée de décevoir sa famille, qui avait consenti d’importants sacrifices financiers pour qu’il réussisse ses études à l’étranger, est un facteur culturel à ne pas négliger, indiquent plusieurs intervenants.
« C’est d’une tristesse infinie », se désole le président du Mouvement des associations générales étudiantes de l'UQAC (MAGE-UQAC), Sadou Diallo, qui est originaire de la Guinée. « Ça nous pousse à réfléchir à l’isolement et à la souffrance silencieuse que sont en train de vivre nos étudiants », dit-il, en raison des barrières culturelles et de la peur des préjugés. Les étudiants africains sont nombreux à l’UQAC. Les problématiques de santé mentale et de suicide sont des sujets encore très tabou dans leurs pays natals. Plusieurs n’ont donc pas le réflexe de chercher du soutien ici, même s’ils se sentent au bord du gouffre. « Les étudiants ne devraient pas avoir honte de demander de l’aide. C’est un acte de courage, pas une faiblesse. » Une citation deSadou Diallo, président du MAGE-UQAC Le suicide du Burundais ébranle aussi fortement l’Association des étudiants internationaux (AEI). « Le décès de notre collègue nous donne un signal qu’il y a des enjeux, comme la santé mentale, qu’on doit adresser. Chez nous, ce ne sont pas des questions qui sont abordées de façon explicite, mais nous sommes dans un milieu où il y a des services et des ressources. Je pense qu’on peut éviter d’autres tragédies », mentionne Hermann Kouadjo, vice-président aux communications. La direction de l’UQAC assure par ailleurs que « ses équipes sont mobilisées pour offrir un soutien psychosocial aux personnes touchées par la situation. » Elle réitère que ses ressources sont disponibles pour accompagner quiconque vit des moments difficiles et qu’elle est très préoccupée par les enjeux de santé mentale. Sensibiliser pour mieux changer les mentalités Une enquête du coroner a été ouverte pour faire la lumière sur les circonstances entourant la mort violente de l’étudiant burundais, en collaboration avec le Service de police de Saguenay. Des proches de la victime, à qui nous avons parlé, disent n'avoir rien vu venir et peinent à comprendre le geste fatal qu’il a posé. Chez nous, le suicide, ça n’existe pas. On n'en parle pas. C’est une honte pour la famille. Il y a aussi la pression de rendre la famille fière. Les échecs, ça peut avoir l’air banal, mais dans notre culture, c’est mal vu. « La détresse psychologique, il y en a beaucoup parmi les étudiants internationaux. Ça s’aggrave de jour en jour. » - Hermann Kouadjo « Quand on fait un échec, ça fait très mal. Mais il n’y a pas de honte d’échouer. Parfois l’échec, c’est aussi un tremplin vers le succès », relativise Hermann Kouadjo qui incite la population étudiante à briser le silence. Les problématiques de souffrance mentale sont bien présentes depuis quelques années chez les étudiants étrangers de l’UQAC qui sont en proie au stress, à l’anxiété et à la précarité, mais également au sein de toute la communauté universitaire. En 2024-2025, les demandes d’aide psychologique ont d’ailleurs connu une hausse marquée à l’UQAC selon l’Alliance pour la santé étudiante au Québec. « Comme on ne discute pas du sujet, ça passe sous la table et sous les radars », observe Régis d’Assomption, vice-président aux affaires externes de l’Association des étudiants internationaux. « Il faut ouvrir le dialogue pour faire évoluer les mentalités », presse-t-il. De l’aide psychologique à portée de main La communauté africaine rappelle que la détresse psychologique n’est pas à prendre à la légère, surtout en période estivale alors que les étudiants étrangers sont pour la plupart à l’écart du campus. « On appelle tous les étudiants à ne pas vivre des moments de détresse seuls. On les invite à se parler entre eux et à venir nous parler. On est là pour les orienter vers les services s’ils ont besoin d’aide », assure le président du MAGE-UQAC. En situation de crise ou lors d’un moment difficile, l’application Dialogue permet aux étudiants de l’UQAC de demander du soutien à toute heure du jour ou de la nuit, tout comme la ligne téléphonique du Centre d’écoute et de prévention du suicide 02 : 1-866-APPELLE. Des services psychosociaux sont aussi en place sur le campus, de même que le réseau d’entraide des sentinelles et le projet de mentorat qui offre de l’accompagnement aux nouveaux arrivants. « Il faut oser faire confiance à ces professionnels. C’est gratuit et confidentiel », souligne Régis d’Assomption qui tient à rassurer les étudiants que leurs problèmes ne seront pas communiqués aux ministères provinciaux et fédéraux de l’immigration. L’urgence d’agir Tous les intervenants rencontrés dressent un parallèle entre le suicide récent de l’étudiant du Burundi et la mort de l’étudiant guinéen Mamadou Salinou Baldé, en novembre 2023 à Chicoutimi. Le jeune homme qui vivait de la détresse psychologique avait alors été abattu alors qu’il fonçait sur la police avec une arme blanche, peu de temps après avoir blessé son colocataire. Plusieurs considèrent qu’il s’agissait d’un suicide par policier interposé. Le rapport du coroner dévoilé en juin reste toutefois muet sur les facteurs ayant provoqué ses problèmes de santé mentale. Les étudiants internationaux estiment qu’il faut à tout prix éviter qu’il y ait d’autres victimes en misant sur des campagnes de prévention. « L’acte qui vient d’être posé devrait unir tous les étudiants de l’UQAC », souhaite Sadou Diallo. La rentrée universitaire, en août prochain, sera d’ailleurs articulée autour de la thématique de la santé mentale. Différentes activités de sensibilisation en lien avec la réussite académique, la prévention du suicide, l’isolement et l’intégration seront au programme. Priscilla Plamondon Lalancette
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