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La Libre Afrique, 27 avril 2025 Le Burundi, un pays en crise économique que la Belgique se dit prête à soutenir “d’égal à égal” Maxime Prévot (Les Engagés) est en mission diplomatique en Afrique centrale. Il a rencontré ce samedi le président burundais, dont le pays rencontre de sévères difficultés économiques. Maxime Prévot a rencontré samedi matin le président burundais Évariste Ndayishimiye, à la Ntare House (un imposant palais présidentiel, construit avec le soutien de la Chine). Hasard du calendrier, le ministre belge des Affaires étrangères et de la Coopération au développement arrive à Bujumbura pile dix ans après l’annonce de la volonté de l’ancien président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat, en avril 2015. Bien que validée par une Cour constitutionnelle (inféodée au parti au pouvoir, le CNDD-FDD), la décision avait déclenché d’importantes protestations et une tentative (avortée) de coup d’État. Le tout avait été très sévèrement réprimé. Élu à la présidence en mai 2020, Évariste Ndayishimiye avait suscité des espoirs quant à une éventuelle transition démocratique. Mais le pays a continué à sombrer dans un régime répressif, réduisant à peau de chagrin la société civile burundaise. Les activistes en faveur des droits humains y sont quotidiennement intimidés, harcelés et arrêtés arbitrairement. La plupart des médias privés critiques à l’égard des autorités ont également fermé leur porte. L’opposition est tout simplement muselée. Ceux qui ne sont pas emprisonnés vivent soit cachés, soit en exil. Départ des partenaires occidentaux La société civile n’est pas la seule à sombrer au Burundi. Extrêmement dépendante de l’aide étrangère, l’économie du pays est en train de s’enfoncer dans une crise de plus en plus compliquée. Malgré l’inflation galopante (à hauteur de 36 % en décembre), le président refuse d’ajuster la valeur du FBU au taux du marché parallèle. Estimant que le pouvoir de Ndayishimiye ne fait pas le moindre effort pour répondre à ses attentes, le FMI menace de couper davantage son aide, après avoir déjà suspendu en janvier l’Accord de Stabilisation (convenu en 2023). Dans un communiqué publié le 15 avril, le Fonds exhorte le gouvernement burundais d’engager “d’urgence des réformes macroéconomiques et structurelles profondes pour restaurer la stabilité financière et relancer la croissance économique”. D’autant plus que les Pays-Bas ont annoncé la semaine dernière leur intention de fermer leur ambassade à Bujumbura (pour des raisons budgétaires propres à Amsterdam), emboîtant le pas de l’Allemagne qui a fait de même il y a quatre ans. Les Pays-Bas sont de généreux donateurs : si l’ambassade ferme bel et bien, il y aura inexorablement une baisse des dons hollandais. Et avec les coupes d’aides étrangères américaines par l’administration Trump, le pays s’enfonce doucement mais sûrement dans une catastrophe économique. Aucune déclaration publique Une fermeture de l’ambassade belge de Bujumbura ne semble pas prévue, bien que Maxime Prévot estime “qu’il faut s’interroger sur la pertinence de maintenir notre présence diplomatique à certains endroits”.µ Les deux hommes en ont-ils parlé ? Il est difficile de deviner le contenu concret de leur entrevue. Le “point presse” prévu après l’audience s’est résumé à une déclaration très diplomatique de Maxime Prévot, seul devant les nombreuses caméras burundaises. L’unique déclaration publique d’Évariste Ndayishimiye aurait eu lieu après le départ de la délégation (et de la presse) belge, en kirundi (“pourquoi s’exprimer en français si c’est pour répéter la même chose que [votre] ministre ?”, dixit la porte-parole présidentielle). Son ministre des Affaires étrangères, Albert Shingiro, a déclaré lors d’une réception à l’ambassade belge le soir que c’était « une excellente idée de visiter notre pays après 10 ans, et après 3 mois de fonction », et a remercié « du fond du cœur » son homologue belge. Concernant les relations bilatérales entre Bruxelles et Bujumbura, Maxime Prévot a déclaré que les deux pays s’inscrivent dans “une démarche de partenaires, d’égal à égal. […] Vous avez une trajectoire tracée par le président de la République pour le redressement économique du Burundi. Tout le concours que la Belgique pourra y apporter […], nous l’apporterons bien entendu.” Le ministre a en tout cas assuré dimanche qu’il serait « incohérent » de fermer l’ambassade belge à Bujumbura, alors qu’il y est en mission pour réaffirmer l’intérêt de la Belgique pour le pays. « Cela ne me paraît pas être une option. » Charlotte de Condé, envoyée spéciale au Burundi
Burundi et Belgique s’inscrivent dans une démarche de partenaires, d’égal à égal" La Libre Afrique, 27 avril 2025 Le Burundi, un pays en crise économique que la Belgique se dit prête à soutenir “d’égal à égal” Maxime Prévot (Les Engagés) est en mission diplomatique en Afrique centrale. Il a rencontré ce samedi le président burundais, dont le pays rencontre de sévères difficultés économiques. Maxime Prévot a rencontré samedi matin le président burundais Évariste Ndayishimiye, à la Ntare House (un imposant palais présidentiel, construit avec le soutien de la Chine). Hasard du calendrier, le ministre belge des Affaires étrangères et de la Coopération au développement arrive à Bujumbura pile dix ans après l’annonce de la volonté de l’ancien président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat, en avril 2015. Bien que validée par une Cour constitutionnelle (inféodée au parti au pouvoir, le CNDD-FDD), la décision avait déclenché d’importantes protestations et une tentative (avortée) de coup d’État. Le tout avait été très sévèrement réprimé. Élu à la présidence en mai 2020, Évariste Ndayishimiye avait suscité des espoirs quant à une éventuelle transition démocratique. Mais le pays a continué à sombrer dans un régime répressif, réduisant à peau de chagrin la société civile burundaise. Les activistes en faveur des droits humains y sont quotidiennement intimidés, harcelés et arrêtés arbitrairement. La plupart des médias privés critiques à l’égard des autorités ont également fermé leur porte. L’opposition est tout simplement muselée. Ceux qui ne sont pas emprisonnés vivent soit cachés, soit en exil. Départ des partenaires occidentaux La société civile n’est pas la seule à sombrer au Burundi. Extrêmement dépendante de l’aide étrangère, l’économie du pays est en train de s’enfoncer dans une crise de plus en plus compliquée. Malgré l’inflation galopante (à hauteur de 36 % en décembre), le président refuse d’ajuster la valeur du FBU au taux du marché parallèle. Estimant que le pouvoir de Ndayishimiye ne fait pas le moindre effort pour répondre à ses attentes, le FMI menace de couper davantage son aide, après avoir déjà suspendu en janvier l’Accord de Stabilisation (convenu en 2023). Dans un communiqué publié le 15 avril, le Fonds exhorte le gouvernement burundais d’engager “d’urgence des réformes macroéconomiques et structurelles profondes pour restaurer la stabilité financière et relancer la croissance économique”. D’autant plus que les Pays-Bas ont annoncé la semaine dernière leur intention de fermer leur ambassade à Bujumbura (pour des raisons budgétaires propres à Amsterdam), emboîtant le pas de l’Allemagne qui a fait de même il y a quatre ans. Les Pays-Bas sont de généreux donateurs : si l’ambassade ferme bel et bien, il y aura inexorablement une baisse des dons hollandais. Et avec les coupes d’aides étrangères américaines par l’administration Trump, le pays s’enfonce doucement mais sûrement dans une catastrophe économique. Aucune déclaration publique Une fermeture de l’ambassade belge de Bujumbura ne semble pas prévue, bien que Maxime Prévot estime “qu’il faut s’interroger sur la pertinence de maintenir notre présence diplomatique à certains endroits”.µ Les deux hommes en ont-ils parlé ? Il est difficile de deviner le contenu concret de leur entrevue. Le “point presse” prévu après l’audience s’est résumé à une déclaration très diplomatique de Maxime Prévot, seul devant les nombreuses caméras burundaises. L’unique déclaration publique d’Évariste Ndayishimiye aurait eu lieu après le départ de la délégation (et de la presse) belge, en kirundi (“pourquoi s’exprimer en français si c’est pour répéter la même chose que [votre] ministre ?”, dixit la porte-parole présidentielle). Son ministre des Affaires étrangères, Albert Shingiro, a déclaré lors d’une réception à l’ambassade belge le soir que c’était « une excellente idée de visiter notre pays après 10 ans, et après 3 mois de fonction », et a remercié « du fond du cœur » son homologue belge. Concernant les relations bilatérales entre Bruxelles et Bujumbura, Maxime Prévot a déclaré que les deux pays s’inscrivent dans “une démarche de partenaires, d’égal à égal. […] Vous avez une trajectoire tracée par le président de la République pour le redressement économique du Burundi. Tout le concours que la Belgique pourra y apporter […], nous l’apporterons bien entendu.” Le ministre a en tout cas assuré dimanche qu’il serait « incohérent » de fermer l’ambassade belge à Bujumbura, alors qu’il y est en mission pour réaffirmer l’intérêt de la Belgique pour le pays. « Cela ne me paraît pas être une option. » Charlotte de Condé, envoyée spéciale au Burundi |