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Nations Unies (HCDH), 25 juillet 2025 Honorer les contributions des femmes et des filles d'ascendance africaine Déclaration des Mécanismes des droits de l'homme des Nations Unies À Genève - À l'approche de la Journée internationale des femmes et des filles d'ascendance africaine, un groupe d'experts de l'ONU* a publié la déclaration suivante : « Ce 25 juillet 2025, nous marquons la première commémoration de la Journée internationale des femmes et des filles d'ascendance africaine, proclamée par l'Assemblée générale en août 2024.
Cette occasion importante sert d’appel à la prévention et à l’élimination du racisme, de la discrimination raciale, de la xénophobie et de l'intolérance qui y est associée, à l'égard des femmes et des filles d'ascendance africaine. Elle sert à honorer leurs profondes contributions à travers l'histoire, et, ensemble, à réaffirmer notre solidarité avec leurs luttes continues alors que nous entrons dans la Deuxième Décennie internationale des personnes d'ascendance africaine (2025-2034). Nous rappelons que dans la Déclaration et le Programme d'action de Durban, les États ont reconnu les manifestations distinctes et cumulées de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et d'intolérance connexe auxquelles les femmes et les filles sont confrontées ; et ont appelé à des approches sensibles au genre pour lutter contre le racisme et pour l'autonomisation et la protection des femmes et des filles. À travers les siècles et malgré l'oppression et la marginalisation, les femmes et les filles d'ascendance africaine ont contribué à construire et à façonner leurs sociétés et leurs communautés : de la science à la littérature, de la politique aux arts, du sport à la culture. Elles ont soutenu leurs communautés par leur leadership, leur créativité, leur résilience et leur bienveillance. Elles se sont fermement tenues comme les gardiennes et les défenseures de la mémoire culturelle, des traditions et de l'héritage des personnes d'ascendance africaine, les transmettant de génération en génération, y compris pendant l'esclavage et le colonialisme. Sans relâche, parfois anonymement et silencieusement, elles ont préservé le tissu social de leurs communautés et sociétés de la destruction. Malheureusement, ces contributions sont restées largement méconnues, sous-estimées, négligées, tues et ignorées. Au cours de la première Décennie internationale des personnes d'ascendance africaine, des progrès significatifs ont néanmoins été réalisés dans la reconnaissance et l'autonomisation des femmes et des filles d'ascendance africaine. Dans certaines régions, des femmes d'ascendance africaine ont atteint les plus hauts niveaux de représentation politique, accédant à des espaces de pouvoir et à des postes de décision dont elles avaient été systématiquement exclues pendant longtemps. Leurs luttes ont été à l'avant-garde des mouvements pour la justice raciale et ont joué un rôle déterminant dans l'avancement d'une compréhension plus approfondie de la discrimination intersectionnelle. Cependant, de telles avancées historiques ne doivent pas masquer les défis majeurs et non résolus qui entravent la pleine jouissance des droits humains des femmes et des filles d'ascendance africaine dans tous les domaines de la vie, en grande partie en raison de stéréotypes, de préjugés et de formes de discrimination enracinés. Les femmes et les filles d'ascendance africaine continuent de faire face à de multiples formes de violence, en ligne et hors ligne. Dans les sphères politiques, celles qui occupent des postes de pouvoir ont souvent été la cible de discours de haine, de harcèlement, ont été victimes de misogynoir, et leurs capacités ont été sapées, contestées ou remises en question. Les femmes migrantes d'ascendance africaine sont exposées à des abus racialisés, à la violence sexuelle, à des expulsions dangereuses et à des risques de traite ou de surexploitation. Dans certains cas, elles ont été séparées de leurs enfants en violation de leur droit à la vie de famille. Dans les situations liées aux conflits, les femmes et les filles d'ascendance africaine ont payé le prix le plus élevé en vies et en abus, souvent en toute impunité. Les effets disproportionnés de la pandémie de COVID-19 sur les femmes et les filles d'ascendance africaine ont mis en lumière les inégalités et les obstacles qu'elles rencontrent pour accéder à des services de santé adéquats. Les obstacles aux droits et services en matière de santé sexuelle et reproductive restent graves et profondément enracinés. Elles continuent de subir des taux de mortalité maternelle, de grossesses précoces et de violences obstétricales disproportionnellement élevés, ce qui reflète les préjugés raciaux structurels ancrés dans les systèmes de santé. Le profilage racial et l'incarcération de masse ont un impact grave sur leurs vies, perpétuant des schémas de discrimination dans le système de justice pénale. Dans les domaines de l'emploi, du logement et de l'accès aux services sociaux, les femmes et les filles d'ascendance africaine continuent de prendre du retard en termes d'indicateurs socio-économiques clés dans les sociétés où elles vivent. Elles sont employées dans des emplois moins qualifiés et reçoivent de faibles salaires par rapport au reste de la population. Les taux d'abandon scolaire élevés chez les filles d'ascendance africaine et la mauvaise qualité de l'éducation entravent leur accès au marché du travail et compromettent leur avancement. Des obstacles structurels persistent également dans les domaines de la justice climatique et numérique, où leurs besoins et leurs voix sont souvent négligés. Faire face à ces injustices nécessite la collecte et la publication régulières de données fiables désagrégées par race et origine ethnique, genre et autres facteurs afin de révéler les réalités des femmes et des filles d'ascendance africaine, et d'éclairer les politiques et stratégies ciblées pour remédier à la situation. Dans ce contexte, nous exhortons les États à saisir l'occasion de cette Journée internationale pour prioriser les mesures réparatrices qui s'attaquent aux impacts durables de l'esclavage et du colonialisme subis par les femmes et les filles d'ascendance africaine. Cela inclut la reconnaissance et la réparation des formes historiques et genrées de violence raciale, telles que l'exploitation et les abus sexuels, et la séparation familiale. Nous appelons les États et toutes les parties prenantes à mettre en œuvre les diverses recommandations que nous avons émises, notamment en garantissant l'accès à la santé, à l'éducation, à la justice, au logement et à un travail décent pour les femmes et les filles d'ascendance africaine, y compris par le biais de mesures temporaires spéciales visant à réaliser des progrès concrets et durables. Nous exhortons également les États à mettre en œuvre pleinement et efficacement leurs obligations en matière de droits humains, les engagements de la DDPA et les ODD pertinents, afin de lutter contre les formes multiples et intersectionnelles de racisme et de discrimination raciale que subissent les femmes et les filles d'ascendance africaine et de promouvoir leur avancement. Avancer vers une justice véritablement transformatrice exige de placer les voix, les expériences et le leadership des femmes et des filles d'ascendance africaine au centre des programmes politiques ambitieux, ainsi que de rendre visible leur rôle dans la préservation de l'histoire et de la culture des personnes d'ascendance africaine. » *Les experts : - Michał Balcerzak, président, Comité pour l’élimination de la discrimination raciale
- Joel M. Modiri, président, Groupe d'éminents experts indépendants sur la mise en œuvre de la Déclaration et du Programme d’action de Durban
- Amb. James Ndirangu Waweru, président-rapporteur, Groupe de travail intergouvernemental sur la Déclaration et le Programme d’action de Durban
- Tracie L. Keesee et Víctor Manuel Rodríguez Rescia, Mécanisme d’experts chargé de promouvoir la justice et l’égalité raciales dans le contexte du maintien de l’ordre
- Martin Kimani, président, Instance permanente pour les personnes d’ascendance africaine
- Ashwini K.P., Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme
- Bina D’Costa, président, Groupe de travail d’experts sur les personnes d’ascendance africaine
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