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@rib News, 31/07/2025 – Source Reuters L’ONU accuse les rebelles du M23 d’avoir tué des dizaines de paysans en RDC, le mouvement dénonce une « campagne de diffamation » Une attaque des rebelles du M23 contre des agriculteurs et d’autres civils dans l’est de la République démocratique du Congo a fait 169 morts plus tôt ce mois-ci, a indiqué à Reuters un organe onusien, ce qui constituerait l’un des incidents les plus meurtriers depuis la résurgence du groupe soutenu par le Rwanda. Le chef du M23, Bertrand Bisimwa, a déclaré à Reuters qu’une enquête serait ouverte, mais que ce rapport pourrait relever d’une « campagne de diffamation ».
Le récit de l’organe des droits de l’homme de l’ONU n’avait pas encore été rendu public et survient alors que l’administration du président américain Donald Trump pousse à la paix entre le Congo et le Rwanda, espérant ainsi débloquer des milliards d’investissements miniers. Reuters n’a pas pu confirmer de manière indépendante les tueries, mais un militant local a rapporté que des témoins avaient vu des combattants du M23 utiliser des armes à feu et des machettes pour tuer des dizaines de civils. Le M23 et le gouvernement congolais se sont engagés à oeuvrer pour la paix d’ici le 18 août, après que les rebelles ont cette année conquis plus de territoires que jamais auparavant dans des combats ayant fait des milliers de morts et déplacé des centaines de milliers de personnes. Selon les conclusions du Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH), qui surveille la situation en RDC, l’opération du M23 ayant conduit au massacre des agriculteurs a débuté le 9 juillet dans le territoire de Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu. Celle-ci visait des membres présumés des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe basé en RDC qui comprend des éléments de l’ancienne armée rwandaise et des milices responsables du génocide rwandais de 1994, selon le BCNUDH. « Les civils, principalement des agriculteurs installés temporairement dans leurs champs pour la saison des labours, ont été attaqués. Le bilan humain est particulièrement lourd : au moins 169 personnes ont été tuées », indique le BCNUDH dans des conclusions partagées avec Reuters. Les victimes étaient « loin de tout soutien ou protection immédiate », précise le bureau onusien, citant des informations crédibles provenant de plusieurs sources indépendantes. En réaction, Bertrand Bisimwa du M23 a déclaré que le groupe avait été informé des conclusions du BCNUDH par courrier et qu’une commission serait créée pour enquêter sur ces accusations non confirmées. « Nous estimons qu’avant d’imposer des sanctions, les faits doivent d’abord être établis en vérifiant leur existence réelle par une enquête », a-t-il affirmé. « Cette précipitation à publier des informations non vérifiées relève de la propagande, dont seul le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme connaît le but », a-t-il ajouté, suggérant que les allégations pourraient faire partie d’une « campagne de diffamation » menée par des employés congolais du BCNUDH. Le BCNUDH regroupe la division des droits de l’homme de la mission de maintien de la paix de l’ONU en RDC et l’ancien bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme dans le pays. Il compte à la fois des membres du personnel congolais et étranger.
DES AGRICULTEURS HUTU CIBLÉS Le militant de Rutshuru, qui a requis l’anonymat pour des raisons de sécurité, a confié à Reuters que les combattants du M23 avaient tué plus de 100 civils, principalement des agriculteurs hutu congolais. Les victimes avaient initialement fui lors de l’avancée du M23 sur le territoire, mais elles étaient revenues après que le groupe leur a promis la sécurité, selon le militant. Le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Volker Turk, a déclaré le mois dernier que le M23, l’armée congolaise et des milices alliées avaient toutes commis des exactions dans l’est du Congo, dont beaucoup pourraient constituer des crimes de guerre. Le Rwanda a toujours nié soutenir le M23 et affirme que ses forces agissent en légitime défense contre l’armée congolaise et les miliciens hutu liés au génocide rwandais de 1994, dont les FDLR. Un rapport d’experts des Nations Unies publié ce mois-ci indique que le Rwanda exerçait un commandement et un contrôle sur le M23 et soutenait le groupe dans le but de conquérir des territoires dans l’est du Congo. Un porte-parole du gouvernement rwandais avait alors déclaré que le rapport déformait les préoccupations sécuritaires du Rwanda liées aux FDLR et groupes affiliés. La porte-parole, Yolande Makolo, n’a pas répondu à une demande de commentaire concernant les conclusions du BCNUDH. La violence persistante dans l’est du Congo menace la vision de Trump pour la région, longtemps ravagée par la guerre et riche en minerais tels que l’or, le cobalt, le coltan, le tungstène et l’étain. Un accord de paix signé le 27 juin à Washington par les ministres des Affaires étrangères congolais et rwandais prévoit que le Congo « neutralise » les FDLR tandis que le Rwanda se retire du territoire congolais. Les opérations congolaises contre les FDLR et le retrait rwandais devaient commencer dimanche, mais il n’est pas clair quels progrès ont été réalisés. Les parties disposent de trois mois pour conclure l’accord. Le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a déclaré à Reuters que les tueries de Rutshuru démontrent que le M23 est une force déstabilisatrice incapable d’apporter la sécurité. Kinshasa souhaite un accord de paix permettant le rétablissement de son autorité dans la région, a ajouté Muyaya. Source Reuters - Traduit par Zonebourse
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