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La Libre Afrique, 7 août 2025 Le président Ndayishimiye intensifie son contrôle sur l’exécutif après avoir raflé tous les sièges lors des législatives. Après une victoire aussi éclatante aux législatives du 5 juin, le président burundais Évariste Ndayishimiye, alias Neva, avait les coudées franches pour redessiner à sa guise son exécutif et il ne s’est pas fait prier. [Photo : Le Président Evariste Ndayishimiye (à g) et son nouveau Premier ministre Nestor Ntahontuye (à d)]
Le CNDD-FDD, le parti présidentiel qui dirige le Burundi depuis 20 ans, a raflé tous les sièges de l’Assemblée nationale dans un scrutin largement contesté par l’opposition et par des organisations de défense des droits humains. Il a officiellement décroché “96,51 % des voix exprimées”, selon Prosper Ntahorwamiye, le président de la Ceni qui a confirmé que les 100 sièges en jeu avaient été remportés par le parti présidentiel. De quoi renforcer la mainmise du président de la République dans un État exsangue où les libertés individuelles sont aussi introuvables que l’essence dans les stations-service. Mais le président n’en a cure. Il règne par la peur face à une population qui n’a pas oublié la répression sanglante de 2015 après une tentative de coup d’État tuée dans l’œuf. Pour célébrer cette victoire, le général Neva a décidé de diminuer la taille de son gouvernement en oubliant certains portefeuilles, comme celui du Commerce et de la Solidarité qui sera désormais directement sous sa coupe. Mais le changement le plus marquant touche au poste de Premier ministre qui revient à Nestor Ntahontuye, un technocrate venu en droite ligne du ministère des Finances, qui succède à Gervais Ndirakobuca, rochant la présidence du Sénat. Certaines nominations ne sont pas passées inaperçues dans ce pays qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans une crise économique inextricable et qui s’est impliqué, suite à des accords sibyllins entre les présidents Tshisekedi et Ndayishimiye, dans le conflit congolais où des centaines, voire des milliers de soldats burundais ont déjà péri. Parmi ces nominations, l’arrivée de Marie Chantal Nijimbere à la Défense nationale après un passage peu convaincant au Commerce. Le ministère de la Fonction publique est, lui, attribué au lieutenant général de police Gabriel Nizigama, ancien chef de cabinet civil récemment écarté du pouvoir. Un yoyo qui démontre la toute-puissance du président Ndayishimiye et sa capacité à “recycler” les anciens piliers sécuritaires quitte à redistribuer certains maroquins à des membres de l’ancienne rébellion hutue. Un jeu d’équilibriste qui doit permettre au chef de l’État d’asseoir son autorité en divisant l’opposition éventuelle et en maintenant la pression sur les services sécuritaires. Hubert Leclercq
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