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Deutsche Welle, 08 août 2025 Au Burundi, trouver quelques litres d’essence relève désormais du parcours du combattant. Files interminables, marché noir en essor, activités économiques paralysées : la crise étrangle le quotidien des Burundais.
Depuis 2022, le Burundi vit au rythme des files d’attente aux stations-service, de la contrebande de carburant et d’un transport public au bord de l’asphyxie. Malgré les efforts du gouvernement, la crise persiste et les impacts économiques comme sociaux deviennent chaque jour plus critiques.
Une pénurie devenue chronique À Bujumbura, la scène est désormais quotidienne : des voyageurs bloqués dans les gares routières, des files interminables à la pompe, et des prix qui flambent. Le carburant se fait rare, et lorsqu’il est disponible, il est vendu à prix d’or. Des voyageurs en témoignent : « Depuis ce matin, je fais des allers-retours à la gare. Aucun bus. » « Les prix sont exorbitants, parfois quatre fois plus chers que le tarif officiel. Mais les chauffeurs risquent des amendes s’ils les augmentent. » La situation est d’autant plus critique que le transport en commun au Burundi repose sur un système mixte entre opérateurs publics et privés. Le moindre déséquilibre dans l’approvisionnement en carburant perturbe immédiatement l’ensemble du réseau, en ville comme en province.
Des prix mondiaux qui pénalisent le pays Le gouvernement explique cette crise par des facteurs extérieurs. Le Burundi n’ayant pas de production pétrolière locale, il est entièrement dépendant du marché international. Ibrahim Uwizeye, ministre burundais de l’Énergie : « Le carburant n’étant pas produit localement, nous subissons de plein fouet les hausses mondiales. Nous suivons les variations au jour le jour, mais cela ne suffit pas. » Depuis 2020, le prix à la pompe a doublé, sans amélioration notable dans la disponibilité. Une situation insoutenable pour les transporteurs privés, au cœur du système. Charles Ntirampeba, Association des transporteurs du Burundi : « La Société pétrolière nationale ne fournit plus un seul litre. Nous achetons au marché noir à 15 000 francs le litre. Impossible de respecter les prix officiels dans ces conditions. » Le marché noir : seule alternative… et facteur d’exclusion Faute de solution officielle, le marché noir prospère, alimenté notamment par des importations illégales depuis la Tanzanie ou la RDC. Mais les prix y sont souvent multipliés par six selon les explications de certains consommateurs : « On m’a demandé 60 000 francs pour un trajet qui coûte normalement 5 500... Même à 40 000 francs, je ne trouve pas de transport pour rentrer chez moi. » Pour de nombreux Burundais, ces tarifs sont tout simplement inaccessibles. L’économie informelle prend le relais, mais au prix d’une exclusion massive des plus vulnérables. Une paralysie à haut coût pour l’économie La grève des transporteurs survenue récemment a mis en lumière les conséquences systémiques de la crise : ralentissement des activités économiques, baisse des recettes fiscales, défauts de paiement sur les crédits bancaires… Faustin Ndikumana, économiste : « Le carburant, c’est le moteur de l’économie. Sans transport, tout est à l’arrêt. Le gouvernement doit urgemment mobiliser les bus de l’État ou permettre au privé de continuer à assurer un minimum de service. » Mais ce minimum est déjà en place… de manière non officielle. Pour beaucoup, le vrai problème réside dans la gestion des devises et le manque de transparence dans la chaîne d’approvisionnement. Alors que la crise entre dans sa troisième année, les solutions structurelles se font toujours attendre. Le manque de devises, invoqué comme principale cause du blocage, ne suffit plus à expliquer une telle durée. Le pays semble prisonnier d’un cercle vicieux : pénurie, marché noir, inflation, mécontentement social, paralysie économique. Trois ans que la crise dure. Trois ans de débrouille, d’improvisation, de hausse des coûts. Et toujours la même question : à quand une solution durable ? Reportage d’Antéditeste Niragira, Bujumbura, correspondant de la Deutsche Welle à Bujumbura]
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