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La Presse, 19 août 2025 John Mahoro À la découverte de ses racines « Grand-mère, comme je te l’avais promis, j’ai fini par arriver. » Depuis l’âge de 2 ans, John Mahoro n’avait pas mis le pied au Burundi, son pays natal, qu’il a quitté, il y a 28 ans, comme réfugié de la guerre entre les Hutus et les Tutsis. De ses oncles, ses tantes, ses cousins et sa grand-mère, le boxeur n’avait que des souvenirs virtuels.
Malgré les années, Mahoro a toujours gardé en tête sa promesse. Celle de rencontrer sa grand-mère en chair et en os, avant qu’il ne soit trop tard. Sa parole, il l’a enfin tenue, il y a quelques semaines.
« Elle a 90 ans, je savais que je devais faire vite. C’était à la fois notre premier contact et nos adieux. C’est l’une des choses les plus touchantes que j’aie eu à vivre », raconte-t-il, en entrevue avec La Presse. John porte le même nom que le mari de sa grand-mère, aujourd’hui décédé. Pour cette raison, les deux ont conservé un lien fort. Les capacités de sa grand-mère étant réduites avec l’âge, John n’a pas été en mesure de tenir de longues conversations avec elle. Il a toutefois pu lui transmettre un message. « Je l’ai remerciée pour l’éducation qu’elle a donnée à mon père, qu’il nous a ensuite offerte. Toutes les valeurs que j’ai aujourd’hui, je les lui dois. » - John Mahoro
Découvrir son passé Lors de son retour de deux semaines dans son pays natal, Mahoro a pu entendre plusieurs histoires sur sa famille qu’il n’avait jamais entendues, racontées par des membres de sa famille qu’il n’avait jamais rencontrés. « J’étais comme un enfant dans un magasin de bonbons. C’était très émouvant. » - John Mahoro « Mes oncles m’ont appris qu’il y avait plusieurs bagarreurs dans ma famille, je ne le savais pas du tout. Ils m’ont dit qu’il ne fallait pas que je sois surpris d’être boxeur aujourd’hui, considérant l’histoire de notre famille », révèle-t-il. Son retour lui aura aussi permis de découvrir son pays natal, duquel il ne connaissait que des anecdotes. La vie n’est pas toujours rose au Burundi, qui vient au deuxième rang des pays les plus pauvres au monde. Certaines personnes ne mangent pas à leur faim. L’électricité peut parfois manquer pendant des heures, sans avertissement. La culture locale y est toutefois riche. « J’ai remarqué que les gens vivaient vraiment en communauté. Le soir, ils passent leur temps dehors, en train de jaser. Ils ne sont pas isolés, en train de regarder leur cellulaire ou de regarder la télé », constate-t-il. Grâce à un premier combat professionnel victorieux, Mahoro est arrivé au Burundi avec une certaine notoriété. Une entrevue diffusée à la télévision nationale a attiré l’attention des autres médias, si bien qu’il aura finalement accordé six entrevues. « On m’a même reconnu dans un village perdu, où il n’y avait presque rien. C’était vraiment spécial », rapporte-t-il, en riant. Dans les médias, on le qualifiait d’« ambassadeur de la boxe burundaise ». Si bien que Mahoro a été invité à donner un atelier de boxe dans un club. Arrivé à l’adresse qu’on lui avait fournie, il était confus. « J’étais en plein milieu de nulle part. Il n’y avait aucun édifice », décrit-il. C’est à ce moment que Mahoro a compris que le club se trouvait dehors, sur un terrain vacant. Pas de murs, encore moins de ring : que des participants ambitieux aux moyens modestes. « Les jeunes frappaient sur quelque chose qui ressemblait à peine à un sac de boxe. Il n’y avait pas assez de gants pour tout le monde. Les filles et les gars se battaient ensemble, ils se frappaient de toutes leurs forces, dans le visage, sans protège-dents », décrit-il, encore stupéfait. « La seule chose qu’ils avaient, c’est du courage, et du dévouement pour leur sport. » - John Mahoro Choc des pros Les derniers mois auront donc été fertiles en émotions pour John Mahoro. Non seulement il aura visité son pays d’origine, il aura aussi disputé son premier combat de boxe professionnel. Ça s’est passé à la Place Bell, le 28 juin dernier, en sous-carte de Jean Pascal. Mahoro savait qu’il devait gagner – de façon décisive, de surcroît – contre Simon Risler (6-7-0). L’avenir de sa carrière en dépendait. « J’ai été incapable de dormir la nuit précédente. J’étais sur les réseaux sociaux, sur le compte de l’entraîneur de mon adversaire, à regarder ses combats », confie-t-il. « Mon Dieu, ça m’a joué dans la tête. Je me battais avec mes pensées. » Il n’y a qu’une chose que Mahoro craignait à ce moment-là : recevoir un premier coup de poing. En pratique, les boxeurs s’affrontent avec des gants de 16 onces. Ceux utilisés durant son combat pesaient la moitié. « Dès que j’ai reçu mon premier jab, j’ai été surpris : c’est comme si on m’avait frappé avec une brique », compare-t-il. À ce moment, John Mahoro a compris : si son adversaire pouvait lui faire mal aussi facilement, il pouvait de son côté lui causer encore plus de dommages. Au deuxième round, Mahoro lui passait le K.-O., et remportait son premier combat professionnel. « Je demande toujours à mes amis de me pincer. Je ne peux pas croire que j’ai vécu ce moment-là », dit-il. Son ovation à la Place Bell l’aura marqué. Mais ce n’est pas celle qu’il retiendra, lorsqu’il pensera à son premier combat, dans quelques années. Quelques jours après le combat, Mahoro est retourné au centre jeunesse où il travaille comme éducateur spécialisé. Lorsqu’il a poussé la porte de la cour intérieure, les jeunes l’attendaient. « Ils se sont tous mis à m’applaudir. Je ne m’y attendais pas. Ils avaient vu mon combat. Ils étaient fiers. C’est un moment qui m’a extrêmement touché, que je n’oublierai jamais », confie-t-il. John Mahoro devrait disputer un deuxième combat à l’automne, toujours sous l’égide de New Era Promotions. Éric Martel La Presse
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