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Cathobel, 13 septembre 2025 Plus de 90.000 Congolais ont trouvé refuge au Burundi, pays voisin de la RDC, entre la fin de l’année 2024 et aujourd’hui. La première partie de l’émission de décryptage du vendredi 12 septembre sur RCF a été presque entièrement consacrée à la crise politique et humanitaire dans l’est de la RDC et à la situation des réfugiés congolais au Burundi.
Les trois débatteurs du jour (Christophe Renders du centre Avec, Gilles Cnockaert de Caritas International et Manu Van Lier de Cathobel) ont tous séjourné plus ou moins longtemps dans la région. Leurs éclairages étaient aussi interpellants que complémentaires. La paix signée, la guerre continue Le 27 juin dernier, le président américain Donald Trump est parvenu à réunir les représentants du Rwanda et de la RDC pour signer un traité de paix aussi rapide que surprenant. Pourtant, depuis, la réalité dans l’est du pays n’a pas changé. La situation reste dramatique notamment dans les provinces congolaises du Nord- et du Sud-Kivu ainsi qu’en Ituri. Le groupe rebelle M23, soutenu par le Rwanda, contrôle plusieurs grandes villes et d’immenses territoires de l’est congolais, sans aucun signe tangible de désescalade sur le terrain.
Totale impunité La population civile continue de subir les pillages, les violences et les exactions. De récentes enquêtes de Human Rights Watch et de Amnesty International font état de massacres et de violations massives des droits humains par le M23, dans un climat prolongé d’impunité totale. « L’impunité, c’est l’une des racines du mal, selon Gilles Cnockaert, directeur de la communication pour Caritas International Belgique, à partir du moment ou des personnes se livrent à des exactions et qu’elles s’en tirent à bon compte, il y a de grandes chances pour que les suivants procèdent de la même manière ». La prise de la ville frontalière de Bukavu par les rebelles du M23 le 15 février dernier a provoqué un nouvel exode massif de civils congolais vers le Burundi, pays voisin de la RDC grand comme la Belgique. Plus de 90.000 Congolais y ont trouvé refuge entre la fin de l’année 2024 et aujourd’hui. « Pour de nombreux réfugiés on parle de mouvements pendulaires. C’est-à-dire que pour la plupart, c’était déjà la deuxième ou la troisième fois qu’ils quittaient leurs domiciles, de proche en proche. Et dans ces cas-là, à chaque étape, on perd toujours un peu plus de ses biens, de proches, et de sa dignité… » déplore Gilles Cnockaert. Collecte de fonds Caritas Burundi, avec l’appui de Caritas International, tente actuellement de répondre à cette crise, notamment dans le camp de Musenyi où la situation est explosive. Ce camp accueille aujourd’hui plus de 17.000 réfugiés alors qu’il est prévu pour n’en accueillir que 3.000. Caritas Burundi cherche en ce moment, via le réseau Caritas international, à mobiliser plus de 900.000 euros pour venir en aide aux milliers de familles congolaises déplacées au Burundi. C’est une des raisons pour lesquelles nous avons choisi de consacrer un temps d’antenne important à ce sujet complexe (plus de détails sur le site caritasinternational.be). Enfants malnutris Dans les camps burundais, l’accès à l’eau, au savon et aux soins est extrêmement limité. Les rations alimentaires sont réduites au minimum : beaucoup de déplacés congolais ne mangent qu’une fois par jour tandis que les maladies se propagent rapidement. Ces derniers mois, Caritas Burundi a distribué des vivres, de l’eau potable, du matériel de cuisine et des kits d’hygiène. Une attention particulière a été portée aux enfants de moins de 5 ans, aux femmes enceintes et aux mères allaitantes. Malgré cela, la malnutrition infantile reste alarmante. La survie à défaut de paix À plusieurs reprises, les réfugiés congolais ont manifesté pour dénoncer leurs conditions de vie indignes. Sans résultat. Avec environ 12 millions d’habitants, le Burundi est l’un des pays les plus pauvres d'Afrique et la population burundaise elle-même vit dans une extrême précarité. C’est donc pour maintenir l’aide qu’elle apporte à ces deux populations (l’une déplacée et l’autre autochtone) que Caritas Burundi cherche en ce moment à susciter la générosité des donateurs. Humanitaire en danger Pour ne rien arranger à cette situation dramatique, le premier juillet dernier l’agence humanitaire américaine USAID a été dissoute par le gouvernement Trump. Cette décision plus politique qu’économique implique à terme la réduction d’environ 90% de l’aide humanitaire américaine sur laquelle de nombreuses structures humanitaires comptaient pour mener à bien leurs actions. Dans ces conditions, la lutte contre la faim, contre les épidémies et l’illettrisme dans le monde (et singulièrement en Afrique) se trouve entravée. Pour Christophe Renders, chargé d’analyse et d’animation au Centre Avec, « C’est une catastrophe. Il s’agit de dirigeants qui se disent que ça n’est pas avec l’aide humanitaire qu’on gagne les élections. C’est non seulement cynique, mais c’est aussi terriblement court-termiste. Et puis, si d’autres pays investissent à la place des États-Unis dans l’aide humanitaire – des pays comme la Russie, l’Inde et la Chine – ils exporteront avec cette aide les modèles de gouvernance autoritaires qui sont les leurs. Malgré toutes les critiques possibles, les États Unis conditionnaient quand même leur aide à un certain respect des droits humains. C’est aussi ce critère-là qui risque de disparaitre ». La décision brusque et drastique de couper les vivres au secteur humanitaire cause déjà des morts sur le terrain, selon Gilles Cnockaert qui craint l’effet domino de ce choix : « Rien qu’au niveau du réseau mondial de Caritas International, cela représente 6000 pertes d’emploi du jour au lendemain, mais c’est presque anecdotique au regard des effets moins immédiats de cette mesure. Pour la RDC par exemple, ce sont 60% des ressources allouées à l’humanitaire qui ont disparu du jour au lendemain. Notre inquiétude c’est que dès aujourd’hui, d’autres pays dont la Belgique sont en train d’emboiter le pas et de se rétracter sur l’aide humanitaire qu’ils apportaient ». Par Julien Bal
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