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Deutsche Welle, 01/12/2025 Sida : accéder aux ARV malgré les coupes budgétaires Au Burundi, les malades du VIH-Sida luttent pour se soigner en dépit de la baisse des financements étrangers pour financer les traitements anti-rétroviraux. Au Burundi, l'Association nationale de soutien aux séropositifs et malades du Sida (ANSS), traverse l'une des plus graves crises de son histoire. Suite à la suppression de l'aide américaine de l'USAID, principal bailleur de plusieurs programmes anti-VIH, l'organisation peine à maintenir ses services, avec des conséquences pour la prise en charge de ses bénéficiaires.
"Nous, les personnes atteintes du VIH, nous allons beaucoup subir. Nous allons beaucoup tomber… nous allons retourner comme avant...", soupire Laetitia Nizigiyimana. Manger pour bien se soigner Âgée de 55 ans, cette veuve et mère de trois enfants bénéficie de l’aide de l’ANSS dont elle est membre depuis 2004. Depuis avril dernier, la fin de l'appui de l'USAID pèse lourdement sur son quotidien et celui de sa famille. "Quand une personne vivant avec le VIH reçoit un petit repas pour le matin, midi et soir, elle prend correctement ses médicaments. Imaginez mon fils qui rentre de l'école et ne trouve rien à manger. Penses-tu qu'il va prendre normalement les ARV? Il va le faire, mais à contre-cœur. Sur un ventre vide, il peut tenir une fois, deux fois… mais pas toujours. Si l'ANSS ne trouve pas d'autres partenaires, nous allons beaucoup tomber." Commerce et agriculture afin d'arrondir les fins de mois Pour survivre, Laetitia s'est tournée vers le petit commerce et l'agriculture. Cela lui permet d'amortir le choc causé par l'arrêt de l’aide américaine. "Pour les nouveaux dépistés séropositifs, l'ANSS a donné du riz, des haricots et un peu de sucre, raconte la mère de famille. Mais aujourd'hui, beaucoup ne prennent plus leurs médicaments parce qu'il y a la famine dans leurs foyers. Pour que mon fils puisse manger, je cultive des légumes. Cette année, j'ai mis en place un champ de maïs. Ce que je récolte, j'en vends la moitié pour acheter de quoi nourrir mon enfant." La prévention, déjà fragile, est l'un des secteurs les plus touchés par les coupes budgétaires. Réduction du personnel et recours au bénévolat : l'ANSS active un plan B pour tenter de maintenir ses activités. Martine Kabugubugu, directrice exécutive de l'association, se dit inquiète mais déterminée : "Pour couvrir le personnel d'ANSS Santé Plus, nous avions deux grands projets américains qui finançaient 49 % des salaires. Cela affecte nécessairement les services offerts à nos bénéficiaires. Nous devons nous réinventer pour que chacun soit multitâche. Il reste un personnel essentiel, mais nous sommes au service du peuple." Malgré tout, le Burundi ne connaît pas de rupture de stock de médicaments, financé par le Fonds mondial. L'ANSS peut encore compter sur ses partenaires locaux et européens, qui assurent 51 % de son budget, en attendant un hypothétique retour des financements américains. Antéditeste Niragira Correspondant multimédia à Bujumbura au Burundi pour le programme francophone de la Deutsche Welle |