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@rib News, 10/12/2025 – Source AFP L'offensive M23 sur Uvira pousse le Burundi hors de RDC et met Kinshasa sous pression Le M23, soutenu par 6.000 à 7.000 soldats rwandais dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), est entré mardi soir dans Uvira, dernière ville leur échappant encore dans la province du Sud-Kivu. Cette offensive, déjà lancée quand la RDC et le Rwanda entérinaient un accord "pour la paix" à Washington le 4 décembre, menace de déstabiliser davantage les autorités de Kinshasa et son voisin burundais qui avaient tissé des liens militaires et économiques privilégiés.
Q. Pourquoi cette offensive du M23 et du Rwanda sur Uvira ? R. "La volonté de pousser le Burundi à se désengager (du territoire congolais, ndlr) est, à mon avis, l'un des principaux objectifs" de cette offensive, assure Bram Verelst, expert pour les Grands Lacs à l'Institut d'études et de sécurité (ISS). Le Burundi avait déployé près de 18.000 soldats aux côtés de l'armée congolaise contre le M23 dans la province du Sud-Kivu, notamment dans la plaine frontalière de la Ruzizi et dans les hauts plateaux qui la surplombent. Le contrôle d'Uvira et de la plaine de la Ruzizi permettrait au M23 d'empêcher l'arrivée de tout renfort par voie terrestre depuis le Burundi, mais aussi de s'ouvrir une voie vers des provinces méridionales, notamment le Haut-Katanga (à plus 500 km) et ses immenses ressources minières. Pendant des mois, M23 et armée rwandaise ont grignoté du terrain dans les plateaux, afin de prendre à revers les forces congolaises et burundaises défendant Uvira et précipiter leur repli, ont expliqué à l'AFP des sources sécuritaires. L'offensive, finalement lancée début décembre, quelques jours avant que les présidents de la RDC et du Rwanda, Félix Tshisekedi et Paul Kagame, se rendent à Washington entériner un accord de paix, pourrait aussi être un moyen pour Kigali et le M23 d'accroître la pression sur Kinshasa, selon des experts. Les gouvernement rwandais et congolais s'accusent mutuellement de faire preuve de mauvaise foi dans la mise en oeuvre de cet accord négocié en juin à Washington. Q. Quelles conséquences pour Kinshasa ? R. Le président Tshisekedi avait fait de la lutte contre la résurgence du M23, qu'il qualifie "d'agression rwandaise", une priorité de son second mandat. Mais en janvier et février, l'armée de RDC a subi une débâcle retentissante à Goma et Bukavu, capturées par le M23 au terme d'une offensive éclair. Privée de l'appui militaire du voisin burundais, l'armée congolaise, mal équipée, mal entraînée et minée par les divisions, ne semble pas en mesure d'endiguer la progression du groupe armé qui clame sa volonté de renverser M. Tshisekedi. Pour le régime, "c'est un coup dur de plus", estime Pierre Boisselet, chercheur à l'institut congolais Ebuteli. "Kinshasa risque de voir la pression s'accroître" pour qu'il fasse de nouvelles concessions dans le cadre des processus de paix en cours, poursuit-il, "mais celles-ci seront d'autant plus difficiles à accepter et à faire accepter politiquement après ce revers". Q. Un risque pour la stabilité de la région ? R. Les relations entre le Rwanda et le Burundi étaient déjà notoirement dégradées avant l'offensive du M23 sur Uvira, dans une région marquée par d'anciennes tensions communautaires, en partie héritées du génocide de 1994 au Rwanda. Durant d'intenses combats à proximité de leurs frontières en RDC, les deux voisins se sont mutuellement accusés d'avoir envoyé des bombes sur leurs territoires respectifs, faisant craindre une conflit à plus grande échelle. Mercredi, le ministre burundais des Affaires étrangères Edouard Bizimana a affirmé que son pays était "prêt à user de tous les moyens pour protéger ses frontières". "Il n'est toutefois pas certain qu'on assiste à une confrontation directe à très court terme", nuance Pierre Boisselet, mais "la perte d'Uvira va poser de sérieux problèmes au Burundi sur le moyen et long terme, à la fois économiques et sécuritaires". L'économie burundaise "dépend fortement de l'accès au marché congolais", rappelle Bram Verelst. Q. Quelle sera la réaction américaine ? R. La rapidité et l'ampleur de l'offensive du M23 et des troupes rwandaises, en pleine signature à Washington d'un accord de paix qualifié de "miracle" par Donald Trump, a surpris les observateurs. Le M23 courrait "le risque d'humilier Donald Trump, mais visiblement, cela ne les a pas dissuadés", constate Pierre Boisselet. "Signer un accord et ne pas l'appliquer, c'est une humiliation pour tout le monde et en premier lieu pour le président Trump", a souligné mercredi Edouard Bizimana. C'est "une gifle aux Etats-Unis, un doigt d'honneur", a-t-il poursuivi, appelant à des sanctions contre le Rwanda. A ce stade les Etats-Unis et plusieurs pays européens ont seulement exhorté mardi le M23 et Kigali à cesser "immédiatement" leur offensive. Une "réaction forte" de Washington se fait toujours attendre, relève Bram Verelst, "les Etats-Unis doivent maintenant utiliser l'accord de paix qu'ils ont eux-mêmes encadré pour obtenir le retrait du Rwanda". Par Camille LAFFONT avec Julie CAPELLE à Nairobi
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