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TV5MONDE, 12 Déc. 2025 "Pas de toilettes", "pas de nourriture": au Burundi, les Congolais qui ont fui le M23 démunis dans les camps de transit Après l'assaut de l'AFC-M23 sur la ville d'Uvira dans le Sud-Kivu, 40.000 Congolais ont fui vers le Burundi en l'espace de 4 jours. Ils sont placés dans des camps de transit et vivent dans des conditions difficiles, sans eau. "Il n'y a pas de médicaments, nos enfants souffrent de la malaria" explique une mère de sept enfant à TV5MONDE, sur place.
Au Burundi, ils sont des milliers de réfugiés congolais à avoir cherché refuge ces derniers jours, fuyant les combats et l'avancée du M23. Accueillis dans des camps de transit, les conditions de vie sont très difficiles pour les familles. Le Burundi avait déclaré fermer sa frontière avec la RD Congo ce mardi 9 décembre au soir. Mais des milliers de réfugiés ont continué à fuir leur pays ces derniers jours, en quête de sécurité. Luvungi, Sange, puis ce mercredi 10 décembre, Uvira... Les combattants anti-gouvernementaux de l'AFC-M23, soutenus par le Rwanda selon l'ONU, ont réalisé une avancée stratégique dans le Sud-Kivu, entamée au début du mois de décembre. Dans le chef-lieu de la province, Uvira, les combats ont fait rage mercredi, entre les rebelles et les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC), appuyés par les militaires burundais et les Wazalendo, leurs supplétifs. Dans une vidéo authentifiée par les agences de presse, un habitant d'Uvira a pu filmer l'entrée des combattants de l'AFC-M23 dans la ville, ce mercredi. Chars d'assaut, pick-up, hommes armés. "Je suis traumatisé psychologiquement et physiquement" a déclaré auprès de TV5MONDE un autre habitant, ce jeudi. Lui n'a pas quitté la ville, mais ils sont des milliers d'autres à l'avoir fait. Sans compter les soldats burundais et congolais qui ont fuit, eux aussi, la violence des combats de ces derniers jours. 40.000 réfugiés au Burundi en l'espace de 4 jours Certains sont descendus plus au sud du territoire congolais, en direction des territoires de Fizi et Kalemie. D'autres ont choisi de se rendre au Burundi voisin, à quelques kilomètres d'Uvira. Du 5 au 11 décembre, 40.000 réfugiés ont passé la frontière burundaise, selon Brigitte Mukanga-Engo, représentante du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) au Burundi, interrogée par TV5MONDE. Les réfugiés ont été accueillis dans des camps de transit, comme celui de Kansega, à deux heures de Bujumbura, où TV5MONDE a pu se rendre ce jeudi. Sur place, les conditions de vie sont difficiles, pour ces milliers de réfugiés. Ils expliquent avoir tout perdu, certains ont pu amener avec eux leurs quelques chèvres et poules. Nombre d'entre n'ont aucun toit sur la tête. Des familles avec enfants vivent et dorment à l'air libre, à la merci des éléments et notamment de la pluie. C'est le cas de Cécile Anastasie, une mère de sept enfants qui a fui la ville de Sange, à trente kilomètres d'Uvira. Elle est arrivée vendredi 5 décembre dans ce camp de transit et affirme n'avoir reçu "aucune assistance alimentaire" depuis. "Les enfants demandent de la nourriture mais il n'y en a pas" "La vie est difficile ici, ça nous dépasse. Il n'y a pas de toilettes, les enfants demandent de la nourriture aux parents alors qu’il n'y en a pas... Il y a trop de problèmes. Il n'y a pas de médicaments, nos enfants souffrent de la malaria", déplore la mère de famille. Elle supplie les parties prenantes du conflit de faire taire les armes. "Nous leur demandons de nous donner la paix pour qu’on rentre à la maison. Ce n’est pas bon de vivre dans un pays qui n’est pas le tien. Nous remercions le Burundi de nous avoir accueilli", conclut-elle. Nous commençons à craindre vraiment pour notre santé, puisque nous trouvons des matières fécales à côté de nous. Cela va créer des maladies", explique Asituye Dilene Excausé, un réfugié congolais de Luvungi, à 60 kilomètres au nord d'Uvira. Il affirme avoir vu sur son chemin des morts causés par les combats et dit avoir tout perdu. "Que Donald Trump nous vienne en aide" Il en appelle au président américain Donald Trump. Sous son égide, un accord a été signé le 4 décembre à Washington, entre le Rwanda et la RD Congo. Le texte pose, entre autres, les bases d'un arrêt des combats entre les deux pays, mais sur le terrain, rien n'est moins vrai. "Si le président Donald Trump n'est pas derrière cette situation, qu'il nous vienne en aide. Qu'il demande à Paul Kagame de cesser avec la guerre en RD Congo, de retirer ses militaires jusqu'au Rwanda (...). Qu'il s'empare de cette affaire comme le président de la puissance mondiale et qu'il nous amène la paix en RD Congo", déclare-t-il. "Essentiellement, il y a beaucoup d'enfants, de personnes âgées, de personnes malades, mais également des personnes qui ont été blessées suite aux combats", témoigne auprès de TV5MONDE Brigitte Mukanga-Engo, représentante du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) au Burundi. La représentante s'est justement rendue dans le camp pour mieux comprendre les besoins des réfugiés. "Tout cela est temporaire" "Pour le moment, il n'y a pas de ressources, on est à la fin de l'année, c'est la fin de tous les budgets pour la plupart des organisations. Mais nous sommes en train de lancer un appel inter-agences pour obtenir le soutien de nos donateurs, comme l'agence humanitaire de l'Union Européenne, qui a déjà déboursé une première assistance pour permettre d'amener de l'eau", précise Brigitte Mukanga-Engo, la représentante du HCR au Burundi, à TV5MONDE. "Tout ce qui est là est vraiment temporaire, le temps qu'on puisse transférer ces réfugiés au site de Bweru, où il y aura des abris un peu plus décents, où chaque famille pourra avoir un peu de dignité", affirme-t-elle. Le potentiel retour des réfugiés d'Uvira et d'ailleurs chez eux va "dépendre des relations entre l'AFC-M23 et le Burundi, mais aussi de la façon dont le gouvernement burundais collabore avec le gouvernement congolais", affirme à TV5MONDE un membre de la société civile, qui a fui Uvira mercredi soir. "Si le Burundi ne collabore pas, cela veut dire que les gens ne pourront pas retourner chez eux, car c'est la seule frontière qui puisse les ramener à Uvira". Par Antoine Delpierre, Séraphine Charpentier
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