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L'Expression, 22/12/2025 Plus de 84 000 personnes ont fui, depuis début décembre, les violences dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) pour trouver refuge au Burundi voisin, selon l’agence de l’ONU pour les réfugiés. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) s’est dit « profondément préoccupé » par la dégradation rapide des conditions d’accueil, conséquence directe de l’afflux de civils fuyant les combats entre les rebelles du groupe M23 et les forces armées congolaises dans l’est de la RDC.
Chaque jour, des milliers de personnes franchissent la frontière à pied ou en bateau, saturant des ressources locales déjà fragiles. Femmes et enfants constituent l’essentiel de ces nouveaux arrivants. « Ils arrivent épuisés et gravement traumatisés, portant les marques physiques et psychologiques d’une violence terrifiante », a déclaré depuis Bujumbura Brigitte Mukanga-Eno, représentante du HCR au Burundi, lors d’un point de presse de l’ONU à Genève. « Nos équipes ont rencontré des femmes enceintes qui ont déclaré ne pas avoir mangé depuis plusieurs jours », a-t-elle ajouté. Selon le HCR, plus de 200 000 Congolais résident désormais dans le pays, qui peine à les accueillir dans des conditions descentes. Les centres de transit et les sites informels d’accueil ont depuis longtemps dépassé leurs capacités, parfois de près de 200 %, laissant des centaines de familles dans des conditions jugées intenables par le HCR. Le HCR estime à plus de 47 millions de dollars les fonds nécessaires au cours des quatre prochains mois pour venir en aide à quelque 500 000 déplacés internes en RDC et jusqu’à 166 000 réfugiés au Burundi, au Rwanda et dans d’autres pays voisins. «Nous connaissons une situation financière très difficile depuis le début de l’année. Et rien qu’en 2025, c’est la deuxième fois que le Burundi est confronté à cet afflux massif de réfugiés», a souligné Mme Mukanga-Eno. Sans un renforcement rapide des financements, prévient l’agence onusienne, l’aide continuera d’arriver au compte-gouttes. Par ailleurs, beaucoup de Congolais ont survécu aux bombes et aux balles, mais des centaines d’entre eux y ont perdu un bras ou une jambe: à Goma, ville de l’est de la RDC tombée aux mains du M23, il y a près d’un an, les dernières violences ont marqué les habitants dans leur chair. Allongé sur un tapis, David Muhire lève laborieusement la cuisse. Un soignant en blouse blanche maintient les poids posés dessus pour accentuer l’effort. La jambe du jeune homme de 25 ans est amputée au-dessus du genou. David Muhire faisait paître ses vaches dans son village de Bwiza, situé dans le territoire de Rutshuru, dans la province orientale du Nord-Kivu, quand un engin explosif l’a touché. Il a perdu son bras droit et sa jambe droite. Un autre paysan qui l’accompagnait est mort. À cette époque, les affrontements opposant le groupe armé antigouvernemental M23 soutenu par Kigali et les forces armées de Kinshasa s’étaient intensifiés dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). La région frontalière du Rwanda et riche en ressources est en proie à des conflits depuis trente ans. Les combats avaient avancé jusqu’aux abords du village de David Muhire. Quelques semaines plus tard, les grandes villes de Goma et de Bukavu se sont retrouvées sous contrôle M23, au terme d’une offensive qui a fait des milliers de morts et de blessés. Et malgré la signature d’un accord de paix début décembre entre la RDC et le Rwanda sous l’égide de Washington, les combats se poursuivent dans l’est, où le M23 a mené début décembre une nouvelle offensive sur la cité d’Uvira, à la frontière du Burundi.
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