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@rib News, 14/01/2026 – Source Reuters Les Ougandais et les Iraniens se tournent vers l'application de messagerie Bitchat de Dorsey face à la censure du web Une application de messagerie hors ligne peu connue, lancée par le cofondateur de Twitter Jack Dorsey, est devenue une bouée de sauvetage essentielle pour les Ougandais privés d'accès à internet à l'approche d'une élection controversée qui pourrait prolonger le règne du président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis près de quarante ans.
Bitchat s'est hissée en tête des boutiques d'applications Apple et Google dans ce pays africain après avoir enregistré plus de 28 000 téléchargements cette année, selon le cabinet de recherche Apptopia. Cela représente une augmentation de près de quatre fois par rapport aux deux mois précédents cumulés. L'utilisation de l'application a également plus que triplé en Iran, alors que les coupures d'internet imposées par les dirigeants religieux du pays pour étouffer les manifestations nationales obligent la population à chercher des solutions alternatives, selon les données recueillies. Dorsey, qui a reconnu être « partiellement responsable » de la centralisation d'internet et l'a regretté, a lancé Bitchat l'année dernière après, selon lui, une semaine de codage en juillet. L'application propose une interface utilisateur minimaliste et ne nécessite aucune connexion : sa popularité croissante rappelle le rôle amplificateur qu'a joué Twitter lors du Printemps arabe, en permettant aux militants de diffuser en temps réel des images de manifestations et de violences policières. À la différence de Twitter, aujourd'hui rebaptisé X, Bitchat ne requiert ni internet ni connexion cellulaire. Elle utilise la technologie Bluetooth mesh pour créer un réseau décentralisé et hors ligne, où le message d'une personne transite de téléphone en téléphone jusqu'à atteindre sa destination. Bien qu'elle ne soit pas aussi populaire que des services de messagerie comme WhatsApp ou iMessage d'Apple, les applications basées sur Bluetooth sont devenues au fil des années une solution de repli pour les manifestants, alors que les gouvernements imposent de plus en plus de coupures d'internet. Lors des manifestations pro-démocratie à Hong Kong en 2020, les militants se sont tournés vers des applications telles que Bridgefy, alimentée par la même technologie. Bridgefy a également été téléchargée plus d'un million de fois au Myanmar en 2021, après la prise de pouvoir par l'armée. AUGMENTATION DES COUPURES D'INTERNET Bobi Wine, star de la pop ougandaise et principal candidat de l'opposition, a incité fin du mois dernier la population à télécharger Bitchat, affirmant que le gouvernement prévoyait une coupure du web afin d'empêcher les citoyens « de s'organiser et de vérifier les résultats électoraux ». « AVEZ-VOUS DÉJÀ TÉLÉCHARGÉ BITCHAT ? » a-t-il publié sur X, un message repartagé près de 2 000 fois. Mardi, les autorités ougandaises ont coupé l'accès à internet et limité les services mobiles dans tout le pays afin de réduire, selon une lettre consultée par Reuters, les risques de « désinformation, de fraude électorale et de risques associés ». Les forces de sécurité ont arrêté des centaines de partisans de l'opposition avant l'élection de jeudi et ont répétément tiré des balles réelles et des gaz lacrymogènes lors de rassemblements de soutien à Wine. Plusieurs experts et organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, ont appelé l'Ouganda à mettre fin à la coupure et ont souligné que, loin de limiter la désinformation, les coupures du web peuvent au contraire favoriser la propagation des rumeurs. « Les coupures d'internet violent les droits humains fondamentaux et sont devenues un outil récurrent utilisé par les gouvernements lors de périodes de tension politique ou électorale », explique Aditya Vashistha, professeur assistant à l'université Cornell. « Elles réduisent surtout la coordination et le partage d'informations, sans qu'il existe de preuve crédible qu'elles limitent la désinformation ou les risques électoraux. » En 2024, les organisations de défense des droits numériques Access Now et la coalition #KeepItOn ont recensé 296 coupures dans 54 pays. Source Reuters - Traduit par Zonebourse |