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OIM Burundi, 23 Jan 2026 Bujumbura, Burundi – Le long de l'avenue de l'Université, l'une des rues les plus animées de Bujumbura, l'odeur de viande fumée, de poisson grillé et de sauce épicée s'échappe d'un restaurant d’apparence modeste et pourtant très fréquenté. À l'extérieur, les clients attendent leur tour, leur téléphone à la main, certains se filmant avant d'entrer. Au centre de tout cet intérêt se trouve Joyce, une migrante congolaise dont le talent culinaire et le sens des affaires ont transformé une petite boutique en l'un des restaurants les plus en vogue de la ville.
 Née et élevée à Bukavu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), Joyce a appris à cuisiner avec sa mère. Grâce à son activité de traiteur, sa mère lui a transmis non seulement des recettes, mais aussi une profonde passion de la cuisine pour sa capacité à rassembler. Lorsque Joyce a perdu sa mère en 2016, la cuisine qui résonnait autrefois de cette bonne humeur est devenue un lieu de souvenirs doux-amers. « Après la mort de ma mère, il m'était très difficile de rester. Tout était empreint de souvenirs », explique-t-elle. Avec ses enfants, Joyce a décidé de déménager au Burundi, le pays voisin, pour reconstruire sa vie. Elle est arrivée avec peu d'affaires, n'emportant avec elle que son savoir-faire. « Je suis arrivée avec presque rien », dit-elle, « à part mes recettes et mon espoir ». Pendant plusieurs années, Joyce a compté sur la cuisine pour subvenir aux besoins de sa famille. Elle préparait des beignets et des pains plats chez elle, puis faisait du porte-à-porte et demandait aux magasins locaux de les vendre. Certains acceptaient, d'autres refusaient. « Ce fut un début modeste, dit-elle, mais cela nous a aidés à survivre. » En 2024, l’un de ses clients, passionné de cuisine congolaise, l’a encouragée à se lancer. Motivée par l'accueil réservé à sa cuisine, Joyce a fait le grand saut et a décidé d'ouvrir son propre restaurant, qu'elle a tout simplement baptisé Joyce Food. Ce qui a suivi a été plus qu'un simple succès commercial. Joyce a commencé à parler de son parcours culinaire sur les réseaux sociaux, en publiant de courtes vidéos sur TikTok où on la voit préparer des plats traditionnels tels que le ntaba (viande de chèvre fumée) et le liboke (poisson). Se filmant dans des moments de danse et de rire avec son personnel, elle offre à ses abonnés un aperçu de la vie derrière les fourneaux. Ses vidéos sont rapidement devenues populaires, trouvant un écho auprès d'un public bien au-delà du Burundi. Aujourd'hui, Joyce compte plus de 115 000 abonnés sur TikTok, et certaines de ses vidéos ont été visionnées des millions de fois. « Les réseaux sociaux m'ont aidée à toucher des personnes qui, comme moi, ont le mal du pays », explique-t-elle. « Je ne parle pas que de nourriture. J’essaie de créer du lien. » À mesure que son nombre d'abonnés en ligne augmentait, son restaurant se développait également. Joyce Food est devenu un lieu de rassemblement populaire pour différentes communautés de Bujumbura, attirant à la fois des Burundais et d'autres migrants congolais. Le restaurant emploie aujourd'hui 30 personnes, dont beaucoup sont des migrants, en particulier des femmes. « Je veux que mon restaurant soit un lieu où les employés peuvent grandir ensemble, en particulier les femmes issues de différentes communautés », explique Joyce. « Un lieu où elles peuvent apprendre, gagner leur vie et rêver plus grand. » Des plats signatures tels que le poisson liboke et le ntaba ont valu à Joyce Food une clientèle fidèle, et les week-ends affichent souvent complet. Les clients sont régulièrement dans les vidéos de Joyce, partageant des repas et des anecdotes. « C'est le goût de chez moi », dit un client régulier. « Mais c'est aussi son énergie qui fait revenir les clients. » Selon le Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (UNDESA), le Burundi accueille plus de 387 000 migrants internationaux, dont près de la moitié sont des femmes. Comme Joyce, ils apportent des compétences, de l'espoir et une richesse culturelle qui renforcent les communautés et les économies locales. Son parcours montre à quel point l'inclusion et l'accès à des moyens de subsistance peuvent aider les migrants à reconstruire leur vie tout en contribuant au développement des lieux qu'ils considèrent désormais comme chez eux. Pour l'avenir, Joyce espère développer davantage son entreprise. Elle rêve d'ouvrir un autre restaurant, de publier un livre de cuisine et de proposer des cours de cuisine aux femmes migrantes afin de les aider à transformer leurs compétences en moyens de subsistance durables. « Recommencer à zéro dans un nouveau pays n'est jamais facile », dit-elle. « Mais lorsque vous avez des compétences et la possibilité de les mettre à profit, vous pouvez construire quelque chose à vous et apporter votre contribution où que vous soyez. » Cette histoire a été rédigée par Kenny B. Irakoze, assistant en communication à l'OIM Burundi. |