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Le Soir, 11/03/2026 Des frappes de drones ont visé Goma mardi, signe d’une nouvelle escalade dans la guerre qui oppose l’armée congolaise aux rebelles du M23 dans l’est de la RDC. Des explosions ont résonné dans le ciel de Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo, avant l’aube, mardi 11 mars. C’est la première fois depuis la prise de cette capitale régionale par la rébellion du M23, soutenue par le Rwanda voisin, en janvier 2025, que la ville est directement visée par des drones. Deux frappes ont touché un quartier résidentiel.
Sur les réseaux, des vidéos montrent une maison, frappée par l’explosion d’une bombe. Elle se situe dans la concession d’un ressortissant belge, dans le quartier Himbi, près du lac Kivu. « En ce moment, la ville de Goma est attaquée par des drones du régime de Kinshasa », a immédiatement dénoncé Bertrand Bisimwa, coordonnateur adjoint de la rébellion AFC/M23. Selon les rebelles qui contrôlent la ville, trois personnes ont été tuées. Parmi elles figure une humanitaire française, dont la mort a été confirmée mercredi par Emmanuel Macron sur X.
 Ces frappes interviennent alors même qu’un cessez-le-feu et un accord de paix ont été signés l’été dernier entre la RDC et le Rwanda, dont plusieurs milliers de soldats sont présents sur le territoire congolais. Sur le terrain, les combats entre les FARDC (l’armée congolaise) et les combattants du M23 continuent pourtant de s’intensifier. Le conflit connaît également une nouvelle mutation : la guerre d’infanterie, largement perdue ces dernières années par les FARDC face au M23, s’est progressivement transformée en « guerre des drones ». « On sait que les deux parties ne respectent pas le cessez-le-feu, et aussi que les deux camps utilisent des drones », explique Reagan Miviri, analyste du conflit au centre de recherche congolais Ebuteli. Les autorités de Félix Tshisekedi n’ont pour l’instant ni confirmé ni démenti être à l’origine des frappes sur Goma. La « guerre pour le ciel » des deux Kivus Le M23 revendique régulièrement l’usage de drones kamikazes, utilisés pour étendre le territoire sous son contrôle. « On peut citer le bombardement de l’aéroport de Kisangani ces dernières semaines. C’est aussi par l’utilisation des drones dans la plaine de la Ruzizi que le M23 a pris le dessus sur les FARDC et l’armée burundaise jusqu’à prendre la ville d’Uvira dans le Sud-Kivu », liste le chercheur. De son côté, le gouvernement congolais n’a jamais officiellement reconnu l’utilisation de drones. « Mais nous pouvons confirmer qu’ils disposent d’une plateforme de lancement à Kisangani, équipée de drones turcs », poursuit Reagan Miviri. Ces mêmes drones ont permis ces derniers mois des attaques contre les positions du M23 dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu. Ainsi que l’élimination de Willy Ngoma, porte-parole militaire et figure médiatique du Mouvement du 23 mars, le 24 février dernier lors de frappes sur Rubaya, localité stratégique qui abrite l’une des plus importantes mines de coltan au monde, contrôlée depuis un an par les rebelles. « C’est une victoire forte symboliquement, même si l’on voit aussi les limites de l’usage des drones. Cette guerre des airs permet d’intimider, de disperser les troupes et de ralentir le M23. Mais elle ne suffit pas à arrêter l’avancée des rebelles, qui continuent de gagner du terrain et de menacer l’intégrité territoriale de la RDC », analyse Reagan Miviri. Un soutien américain de plus en plus palpable Le soutien américain à la RDC, de plus en plus palpable depuis la signature d’un deal offrant aux Etats-Unis un accès privilégié aux minerais abondants et rares du Congo, donnerait-il un nouvel élan au régime de Tshisekedi dans sa guerre contre son voisin envahisseur ? Le 2 mars dernier, l’administration Trump a imposé de lourdes sanctions contre l’armée rwandaise, désormais considérées comme une organisation criminelle. Interdiction aux entreprises du monde entier utilisant le dollar de commercer avec elles, ce qui pourrait compliquer l’achat d’armes du Rwanda. Une première depuis 2013. « On n’en ressent pas encore les effets sur le terrain », témoigne le chercheur. « Mais diplomatiquement, c’est un coup dur pour le Rwanda qui tient beaucoup à son image. » Par Enola Richet |