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Agence Anadolu | 14 avril 2026 Candidature de Macky Sall à l’ONU : fractures internes africaines et équation diplomatique incertaine Türkiye, Istanbul / L’ancien président sénégalais, qui n’est pas parvenu à obtenir le soutien de l’Union africaine, ne peut pas non plus compter sur l’appui de son propre pays. Malgré ce double désaveu, il maintient sa candidature au poste de Secrétaire général.
La candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, avancée par le Burundi lors de consultations informelles de l’Union africaine, agit comme un révélateur des lignes de fracture qui traversent le continent africain. À mesure que s’approche l’échéance de la fin du mandat d'António Guterres en 2026, loin de susciter un élan fédérateur, cette initiative met en exergue une combinaison de tensions nationales, de rivalités régionales et de calculs géopolitiques qui affaiblissent la portée de toute ambition continentale commune. Le premier obstacle à cette candidature est venu de Dakar lui-même. Dans une note officielle rendue publique le 27 mars 2026, les autorités sénégalaises ont clairement indiqué n’avoir « à aucun stade » apporté leur soutien à cette démarche. Un désaveu d’autant plus significatif que, dans les usages diplomatiques onusiens, l’appui explicite de l’État d’origine constitue un prérequis implicite pour crédibiliser une candidature. Cette prise de distance traduit une rupture politique profonde entre le pouvoir actuel et l’ancien chef de l’État. Depuis son arrivée au pouvoir en 2024, le président Bassirou Diomaye Faye, porté par le parti politique "Pastef", n’a cessé de critiquer le bilan de son prédécesseur, notamment sa gestion des tensions politiques internes entre 2023 et 2024, marquées par des violences meurtrières, ainsi que la trajectoire économique du pays, caractérisée par une hausse significative de l’endettement et des projets jugés peu transparents. À l’échelle continentale, cette absence de soutien national se double d’un manque de consensus au sein de l’Union africaine. Selon plusieurs indications diplomatiques concordantes, une vingtaine d’États membres s’opposeraient à cette candidature, empêchant toute position unifiée. Le Nigeria, notamment, plaide pour une rotation géographique du poste en faveur de l’Amérique latine et des Caraïbes, après que l’Afrique et l’Europe ont successivement occupé la fonction à travers les mandats de Kofi Annan et d’António Guterres. Ces divergences traduisent des rivalités persistantes entre blocs régionaux africains, mais aussi des désaccords plus profonds sur la stratégie à adopter pour peser dans les équilibres de la gouvernance mondiale. Dans ce contexte fragmenté, Macky Sall s’efforce de consolider des appuis sur la scène internationale. Sa rencontre avec le président français Emmanuel Macron à Paris le 5 mars 2026 s’inscrit dans une dynamique de repositionnement diplomatique, interprétée comme une tentative de mobilisation de soutiens influents. Sans afficher d’appui formel, la France observe néanmoins avec attention l’évolution de cette candidature, dans le prolongement de relations historiquement étroites avec le Sénégal. Au-delà des jeux d’alliances, l’enjeu revêt une dimension hautement symbolique pour le continent africain. Une éventuelle élection de Macky Sall ferait de lui le troisième Africain à accéder à la tête de l’ONU, après Boutros Boutros-Ghali et Kofi Annan, renforçant ainsi la visibilité du continent au sommet du système multilatéral. Pour certains analystes, cette candidature pourrait constituer une opportunité de repositionnement stratégique de l’Afrique au sein des institutions internationales, à condition toutefois de dépasser les logiques de division interne. Ibrahim Sawadogo, expert burkinabè en gestion de crise, estimait, à l'issue du 39e sommet de l'UA, tenu les 14 et 15 février 2026 à Addis-Abeba, en Éthiopie, que les pays africains devraient "quitter la simple posture de la revendication pour se mobiliser en une force capable d'exercer une pression forte sur les instances internationales", voyant dans cette candidature une occasion d'accroître l'influence onusienne du continent. L'expert avait alors posé la condition de relever les défis structurels de l'UA. En l’état, l’équation diplomatique demeure particulièrement fragile. L’absence d’aval officiel du Sénégal, conjuguée à l’incapacité de l’Union africaine à dégager un consensus, affaiblit considérablement les chances de Macky Sall dans une course où le rôle déterminant du Conseil de sécurité impose des rapports de force complexes. Plus largement, cet épisode met en lumière les limites structurelles de la coordination diplomatique africaine, confrontée à ses propres divisions au moment même où elle cherche à accroître son influence dans l’architecture du pouvoir mondial. Ben Amed Azize Zougmore |