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@rib News, 29/04/2026 De Nyakabiga au Canada : le destin résilient de Thomas Gahungu Note de lecture | Par Perpétue Nshimirimana | Lausanne - Suisse  C’est avec un immense plaisir que j’ai lu « Frissons de la renaissance », un livre que vient de publier Thomas Gahungu, de nationalité burundaise et canadienne, résidant au Canada. Il a grandi à Nyakabiga, comme moi. Ce que nous avons en commun est d’avoir perdu nos pères respectifs à deux moments différents au cours des violences à caractère ethnique qui ont régulièrement endeuillé le Burundi depuis le début des années 60 : le mien, Isidore Mugabonihera en 1965 et le sien, Thomas Gahungu en 1972 lors du génocide contre les Hutu qui emporta plus de 300.000 citoyens du seul fait de leur appartenance ethnique. De nombreux autres jeunes Burundais se sont retrouvés orphelins suite à ce génocide. Le 29 avril de cette année 2026, ce génocide aura été commis voici 54 ans. Thomas Gahungu porte les nom et prénom de son père, ainsi en avait décidé ce dernier.
Ce livre m’a également replongée dans ma propre enfance avec toutes les difficultés rencontrées par nos mères, désormais veuves, pour subvenir aux besoins quotidiens des enfants. Nous, orphelins, avions imaginé et mis en place tout un système de débrouille afin de lutter contre la faim. Il fallait survivre. Thomas Gahungu raconte l’enfance difficile qui a été la sienne et les autres membres de la fratrie suite à la disparition du chef de famille. Marauder chez « Muzungu shamba » non loin de la rivière Ntahangwa est un exercice qui a occupé les journées de plusieurs jeunes de Nyakabiga à la recherche de mangues et autres fruits bien mûrs. Ils permettaient de remplir les estomacs, momentanément. Ce n’était pas simple de les cueillir, il fallait tromper la vigilance des gardiens de ce jardin public, ce qui était un exercice périlleux. Les jeunes du quartier ont appris à chasser des oiseaux, à manger les criquets verts qui s’agglutinaient autour des poteaux électriques installés sur les principales artères. Ces poteaux attiraient ces insectes surtout en cas de pluie. Les jeunes ont également appris à vendre des cacahuètes et autres babioles pendant les vacances. Ainsi, ils pouvaient gagner un peu d’argent pour s’acheter des cahiers et de nouveaux habits pour la rentrée scolaire. Ils pouvaient même contribuer au paiement du minerval. Les repas étaient souvent maigres. Thomas Gahungu raconte : « Le riz que nous avions à disposition était du « riz brisure dernière qualité » composé de grains cassés mêlés à des cailloux si semblables qu’il était pratiquement impossible de les distinguer avant la cuisson ». Comme accompagnement, des avocats faisaient l’affaire. Des milliers de jeunes orphelins de 1972 peuvent s’approprier ces phrases : ils ont mangé du « riz brisure », ils l’ont accompagné d’avocats quand ils le pouvaient. Sept ans après l’assassinat de son père, Thomas Gahungu a perdu sa mère décédée d’une mort naturelle. C’est elle qui assumait le rôle de père et de mère depuis l’assassinat de son époux. Elle avait pu obtenir de l’université du Burundi un lopin de terre sur lequel elle cultivait des vivres de première nécessité : haricots, maïs etc. Plusieurs veuves de Nyakabiga, dont ma mère Marguerite Ndaciwe, avaient bénéficié pendant de nombreuses années de cette générosité de l’université. Cette deuxième disparition a contraint Thomas Gahungu et ses frère et sœurs à encore plus de débrouillardise. Joy, la grande sœur s’est substituée aux parents alors qu’elle-même avait encore besoin d’être soutenue dans sa vie de jeune fille. Elle se retrouvait avec beaucoup trop de responsabilités pour son âge. Il n’y avait pas d’autre choix. Thomas Gahungu raconte aussi le difficile parcours scolaire des enfants hutu victimes d’une ségrégation qui ne disait pas son nom. Un génocide intellectuel fut le résultat du système de codification « I » et « U ». Ces deux lettres étaient accolées devant les noms pour distinguer les élèves Tutsi des Hutu lors du concours national de 6ème année primaire permettant l’accès à l’école secondaire. Ce système avait pour finalité de favoriser les premiers au détriment des seconds. Il bloquait l’accès des jeunes hutu à l’enseignement secondaire et supérieur. La musique a été d’un grand réconfort puisque Thomas Gahungu avec ses amis du quartier fabriquaient des instruments de musique avec des boîtes vides et autres fils de fer ramassés par-ci, par-là dans le quartier et ses alentours. Plus tard, il est devenu un vrai musicien avec, à son actif, plusieurs chansons et albums que j’invite tout un chacun à réécouter ou à découvrir. L’assassinat du Président élu Melchior Ndadaye le 21 octobre 1993 et les violences qui ont suivi, ont poussé beaucoup de Burundais, Hutu, à l’exil. Thomas Gahungu n’a pas échappé au mouvement. Sa maison de Nyakabiga qu’il aimait tant, a été brûlée par des groupes de miliciens tutsi à l’instar de plusieurs autres maisons des différents quartiers de la ville de Bujumbura. Il s’est d’abord rendu au Zaïre du Maréchal Mobutu Sese Seko avant de retourner au Burundi en passant par le Rwanda. Le jour-même de son arrivée dans ce pays eut lieu l’attentat contre l’avion du Président Juvénal Habyarimana qui lui coûta la vie et celle du Président Cyprien Ntaryamira du Burundi. Ce dernier était monté à bord de l’avion de son homologue rwandais en provenance de Dar-Es-Salaam, en Tanzanie où les deux chefs d’Etat avaient pris part à un sommet pour la paix. Puis départ pour Madagascar où Thomas Gahungu a pu achever ses études et a eu l’opportunité de continuer son voyage vers le Canada. Les difficultés rencontrées sur le chemin de l’exil, la difficile intégration dans les pays d’accueil, sont autant de défis qu’ont dû relever de nombreux Burundais dans leur quête pour une vie apaisée. La vie en exil est très exigeante. Une bonne intégration passe par l’apprentissage, souvent, d’une nouvelle langue, l’insertion dans le monde du travail etc. Les diplômes obtenus dans les pays d’origine n’étant pas automatiquement reconnus, Thomas Gahungu a dû passer par de nouvelles formations pour être éligible sur le marché du travail canadien. « Frissons de le renaissance » retrace les combats de toute une vie, des combats qui ont été le quotidien de nombreux Burundais suite aux violences qui ont régulièrement endeuillé le pays. La suite est à lire dans le livre lui-même. Il peut être commandé sur Amazon ou sur
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. Perpétue Nshimirimana Lausanne-Suisse |