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@rib News, 30/04/2026 [NdlR : ARIB.INFO publie en intégralité l’interview du Roi Mwambutsa IV accordée au magazine Remarques Africaines, 10 juillet 1972] Quand le Roi Mwambutsa IV dénonçait « l’escalade de génocide » du régime Micombero Alors que le Burundi s'enfonçait dans l'horreur des massacres de 1972, une voix s'élevait depuis la Suisse pour nommer l'innommable. Dans une interview oubliée, le Roi Mwambutsa IV dénonçait déjà une « escalade de génocide ». Retour sur une déclaration visionnaire qui, cinquante ans avant les conclusions de la CVR, pointait du doigt la responsabilité du régime Micombero.
Le 10 juillet 1972, depuis son exil en Suisse, le Roi Mwambutsa IV rompt le silence lors d'une interview historique accordée au magazine Remarques Africaines. Dans un témoignage d'une rare force, l'ancien monarque condamne sans équivoque les massacres qui ensanglantent le Burundi après la proclamation de la République. Le fait qu'il ait utilisé le mot « génocide » dès 1972 montre que l'ampleur des tueries était déjà perçue comme telle par le souverain déchu, bien avant les débats mémoriels actuels. Un désaveu cinglant du régime de Michel Micombero Dans cet entretien, Mwambutsa IV ne se contente pas de déplorer la violence ; il s'attaque directement à la légitimité du régime républicain. En qualifiant les dirigeants de l'époque de « bande qui s’est emparée du pouvoir », il dénonce un système qui a substitué la terreur à l'Unité nationale qu'il avait tenté de bâtir durant son règne. Pour le souverain, l'exécution de personnalités politiques comme Joseph Bamina n'était que le prélude à une épuration beaucoup plus vaste. La condamnation de l’« escalade de génocide » et de la planification L'utilisation par le Roi du terme « escalade de génocide » souligne la dimension organisée et progressive des massacres. Mwambutsa IV pointe du doigt une mécanique de destruction qui dépasse le simple cadre d'une répression sécuritaire. En affirmant que ces actes ont été perpétrés « à son insu et en son absence », il cherche à préserver l'institution monarchique de toute souillure morale, tout en soulignant que le pays a basculé dans l'innommable dès lors que les garde-fous traditionnels ont été brisés. Les résonances actuelles : de l'exil à la reconnaissance officielle Aujourd'hui, l'affirmation précoce du Roi Mwambutsa IV trouve un écho puissant dans le travail de mémoire au Burundi. Longtemps restées dans l'ombre ou qualifiées de simples « troubles », les tueries de 1972 ont finalement été reconnues comme génocide contre les Hutu par la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) en décembre 2021. Les propos du monarque, tenus il y a plus de cinquante ans, servent désormais de preuve historique majeure : ils démontrent que le caractère systématique et planifié de l'extermination était une réalité tangible dès les premiers mois du régime Micombero. Conclusion En qualifiant les massacres de 1972 d'« escalade de génocide », le Roi Mwambutsa IV a posé un acte politique et moral d'une portée historique considérable. Bien plus qu'un simple témoignage d'exil, son interview de juillet 1972 demeure un réquisitoire implacable contre la dictature de Michel Micombero. En nommant l'innommable bien avant le consensus international, le souverain déchu a non seulement protégé l'honneur de la monarchie, mais il a aussi légué aux générations futures un document essentiel pour comprendre les racines de la tragédie burundaise. Par KJC LIRE L’INTÉGRALITÉ DE L’INTERVIEW FOCUS : Le magazine « Remarques Africaines » C’est dans les colonnes de cette revue de référence, basée à Bruxelles, que le Roi Mwambutsa IV a choisi de briser le silence le 10 juillet 1972. Dirigé à l'époque par Jean Wolf et E.-X. Xavier Ugeux, ce périodique était l'un des rares espaces où les leaders africains en exil pouvaient s'exprimer librement. L'interview du monarque (N° 403) a eu un impact retentissant : elle fut la première condamnation officielle des massacres par une autorité burundaise de premier plan. En utilisant le canal d'une presse internationale respectée, Mwambutsa IV s'assurait que ses mots — et notamment le terme « génocide » — ne pourraient pas être étouffés par la censure du régime Micombero à Bujumbura. |