|
TV5MONDE, 08 Mai. 2026 Botswana : mort de Festus Mogae, ancien président connu pour avoir lutté contre la propagation du VIH dans le pays La mort de l'ancien président botswanais, Festus Mogae (photo), a été annoncée ce vendredi 8 mai par le chef d'État actuel, Duma Boko. Il avait présidé le Botswana de 1998 à 2008. Festus Mogae était particulièrement reconnu pour sa lutte contre le sida et pour avoir contribué à la prospérité du pays d'Afrique australe.
L'ancien président du Botswana, Festus Mogae, est mort ce vendredi 8 mai, a annoncé l'actuel chef d'État, Duma Boko, lors d'une allocution. L'ex-dirigeant était malade depuis quelque temps. "Sous sa direction, le Botswana s'est forgé une réputation internationale grâce à une gouvernance fondée sur des principes, une gestion économique rigoureuse et un engagement indéfectible en faveur de la démocratie", a salué Duma Boko, élu en 2024 et premier président à ne pas être issu du parti BDP depuis l'indépendance en 1966. Lutte contre le sida "Aujourd’hui, le Botswana pleure un éminent homme d’État et patriote qui a consacré sa vie au service de son pays", a-t-il ajouté. Le président a par ailleurs décrété "trois jours de deuil national", durant lequel les drapeaux seront mis en berne, en l'honneur du troisième président du pays. Lauréat du prix Mo Ibrahim 2008 "de la bonne gouvernance" en Afrique, Festus Mogae, décédé à 86 ans, avait été récompensé pour avoir développé le pays grâce à la richesse de son sous-sol, en particulier les diamants. Le Botswana en était alors le premier producteur en volume comme en valeur. Il avait aussi veillé à diversifier l'économie, encourageant l'exploitation d'importantes réserves de charbon et développant le tourisme sur la base des paysages et de la faune sauvage spectaculaires du pays. "Le remarquable leadership du président Mogae a permis de garantir au peuple botswanais la poursuite de la stabilité et de la prospérité dans un pays confronté à une pandémie de sida dont l'ampleur menaçait gravement son avenir", avait célébré l'ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, en décernant le prix à Londres cette année-là. Ce prix, l'un des plus richement doté au monde, se portait à cinq millions de dollars sur dix ans, plus 200.000 dollars par an à vie. Avant de devenir président, Festus Mogae a occupé plusieurs postes au sein du gouvernement, dont celui de ministre des Finances, puis de vice-président. Une fois au pouvoir, Festus Mogae a également inversé la courbe de prévalence du VIH, qui avait atteint son sommet au début du premier de ses deux mandats. Dans le dernier budget de sa présidence, il avait par exemple alloué plus d'un quart des dépenses à la lutte contre le sida. La majorité des fonds finançait la mise sous anti-rétroviraux (ARV) gratuits d'environ 85% des malades, selon l'OnuSida. À cette période, la pandémie avait fait chuter l'espérance de vie de 65 ans à moins de 40 ans dans le pays, qui comptait 270.000 séropositifs sur moins de deux millions d'habitants. Après avoir quitté le pouvoir, il a continué à militer en faveur du traitement du VIH dans la région, à travers la gratuité des traitements anti-rétroviraux et la mise en place de mesures visant à prévenir la transmission mère-enfant. Critiques de syndicats contre des augmentations de salaires L'économiste, ancien président de la Banque centrale du Botswana, s'est cependant fait des ennemis parmi les syndicats pour ses réticences à desserrer les cordons de la bourse. "La voie du populisme et de l'opportunisme politique est peut-être bordée de foules en liesse, mais au final nous ne pouvons échapper à la rude réalité de nos limites de pays en développement", avait-t-il argué dans l'un de ses derniers discours au Parlement. "Aussi sûr qu'un noceur paie ses excès d'une gueule de bois au réveil, un châtiment encore plus sévère attend une nation qui dépense sans compter pour satisfaire des plaisirs immédiats au lieu d'investir dans un développement durable." Des syndicats, dont ceux des enseignants et des fonctionnaires municipaux, protestaient alors contre des augmentations de salaires inférieures à l'inflation. Ses dernières années au pouvoir ont aussi été ternies par un long procès contre l'éviction des bushmen San de leurs terres ancestrales du désert du Kalahari, qui lui a attiré les foudres d'organisations internationales de défense des droits de l'Homme. Ses opposants lui ont également reproché de n'avoir pas fait assez pour les ethnies minoritaires. Motsamai Mpho, fondateur du petit Parti du peuple du Botswana, estimait en 2008 que Festus Mogae aurait dû élaborer des lois pour combattre les discriminations qui risquaient de "détruire la paix et la stabilité". Après la fin de son mandat en 2008, Festus Mogae a été impliqué dans des postes de conseil et de médiation pour la paix à l'échelle du continent, tentant par exemple de régler le conflit au Soudan du Sud. Il a ainsi présidé la Commission de surveillance et d'évaluation (JMEC) de l'accord de paix signé le 26 août 2015. TV5MONDE avec agences |