Burundi : Le président change de Premier ministre
Politique

La Libre Afrique7 septembre 2022

 La cohabitation était devenue entre le chef de l’État et le chef de l’Exécutif.

“Ca ne peut plus durer. Entre le président Évariste Ndayishimiye et son Premier ministre Alain-Guillaume Bunyoni, ce sera à celui qui dégaine le plus vite”, mettait en garde le week-end dernier de fins connaisseurs de la politique burundaise. [Photo (de g à d) : le président Ndayishimiye et l’ex-Premier ministre Bunyoni.]

Un oracle qui découlait du dernier discours du président Ndayishimiye, alias Neva, tenu vendredi dernier devant les magistrats du pays réunis à Gitega, la nouvelle capitale du pays.

Lors de cette sortie, le “général-président” Ndayishimiye s’en est pris violemment mais sans citer le moindre nom “à ceux qui se croient tout-puissants”, alors qu’ils doivent tout – richesse, puissance – à l’État.

Pour la plupart des observateurs, il ne faisait guère de doute que le président ciblait son Premier ministre Alain-Guillaume Bunyoni avec lequel le temps est à l’orage depuis qu’ils cohabitent.

Les deux hommes se connaissent sur le bout des doigts, ils ont été “compagnons de lutte” pendant les années de guerre civile au Burundi. “Ce sont deux généraux mais l’un vient de l’armée et l’autre de la gendarmerie”, expliquait, ce week-end, un des observateurs contactés par La Libre qui poursuivait en expliquant que cela éclaircissait notamment le manque total de confiance du président dans la gendarmerie.

Vendredi, lors de son discours, “Neva” avait ouvertement parlé de complot et mis en garde “ceux” qui auraient pu être tentés de forcer un coup d’État.

Il avait aussi lancé: Ceux qui font le coq en disant n’importe quoi, dites-leur que Ndayishimiye a déjà rencontré de grands défis! Ces prétentions ne sont rien. Dites-leur: Si vous êtes un homme, allez laffronter face à face. Que personne ne vienne plus vous angoisser avec ça. Je peux vous l’assurer, il n’y aura plus de coup d’État au Burundi! Il ny aura plus de guerre, Dieu en est témoin.

Dans la foulée, le chef de l’État avait aussi évoqué le fait qu’il était “seul”, n’hésitant pas à pointer du doigt ses collaborateurs “qui ne l’aident pas” ou “qui cherchent à saboter son travail en faveur du Burundi”.

Convocation par WhatsApp

Après ce discours, il était devenu évident que “quelque chose se préparait”, selon une de nos sources. qui s’interrogeait: “Est-ce un aveu d’impuissance de Neva ou cela annonce-t-il une reprise en main et donc la fin de sa collaboration avec Bunyoni?

La question a trouvé une première partie de réponse mardi en toute fin de soirée quand les députés burundais ont reçu par “WhatsApp” une convocation pour être présents le lendemain à 8h30 au parlement. La cause était entendue. Quelques heures plus tard, Bunyoni, suspecté par certains de préparer un coup d’État, était pris de vitesse. Mercredi matin, il était déposé et remplacé à l’unanimité des 113 membres du Parlement. “Pas une abstention. Pas un vote contre. Neva a mis de côté son ennemi, il a assis son autorité et il a démontré que c’était lui l’homme fort.”

Toutes les cartes en main

Débarrassé du général Bunyoni, Neva a placé à la tête du gouvernement le lieutenant-général de police, Gervais Ndirakobuca, alias Ndakugarika qui occupait jusqu’ici le poste de ministre de l’Intérieur, du Développement communautaire et de la Sécurité publique, après avoir été chef de cabinet du Service national de renseignements (SNR).

Surtout, Gervais Ndirakobuca fait partie de la garde rapprochée du président avec le lieutenant-général de Police Gabriel Nizigama alias Tibia (Directeur de cabinet du Président) et le général Prime Niyongabo (Chef d’État-Major Général). Un quartet qui ne cachait plus sa volonté d’en découdre avec le désormais ancien Premier ministre.

Neva ne pourra plus avancer “les bâtons dans les roues” placés par Bunyoni, il est désormais seul aux commandes alors que le pays ne cesse de s’enfoncer dans une crise économique et sociale de plus en plus vive et ne semble pas disposer des moyens de redresser la barre. Les pénuries (sucre ou essence, notamment) sont criantes et affectent le quotidien d’une population qui, et c’est un signe qui ne trompe pas, n’a plus peur d’exprimer son mécontentement.