| RDC : Les Banyamulenge d’Uvira sommés de quitter la ville et le pays |
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La Libre Afrique, 11 septembre 2025 RDC : Les wazalendos donnent dix jours aux Banyamulenge d’Uvira pour quitter la ville et le pays L’exfiltration en pleine nuit, mardi 9 septembre 2025, du général Olivier Gasita n’a pas fait retomber la colère aveugle des troupes wazalendo installées à Uvira. Les activités économiques ont repris timidement à Uvira, ville congolaise du Sud-kivu plantée sur les rives du lac Tanganyika, frontalière du Burundi, traversée pendant quelques jours par un mouvement de colère dirigé contre un haut-gradé de l’armée congolaise, le général Olivier Gasita.
Les wazalendo, ces membres de milices criminelles recyclés en force supplétive de l’armée congolaise, soutenus par une frange de la population d’Uvira gavée de la communication anti-rwandaise et anti-tutsi des autorités congolaises, ont multiplié les manifestations, dont certaines ont été réprimées violemment par les forces de l’ordre, pour exiger le départ de ce général sur la base exclusive de son appartenance ethnique. Après quelques jours de vives tensions, face aux manifestations de plus en plus violentes, les autorités de Kinshasa ont dû exfiltrer mardi 9 septembre, sur le coup de 3 heures du matin, le général Gasita. D’abord vers Bujumbura, la capitale économique du Burundi, avant de le transférer à Kinshasa. Si la tension a baissé de quelques niveaux depuis cette date, la haine envers les Tutsi ne s’est pas atténuée chez les wazalendo. L’un des chef de ces forces supplétives, équipées et armées par Kinshasa, vient de lancer un ultimatum aux Banyamulenge qui vivent encore dans Uvira. Dans un message en swahili, l’homme explique que « le départ du général Gasita n’est pas la solution » et qu’il « reste encore beaucoup de Gasita à Uvira (…). Il poursuit : « la vraie solution est qu’il n’y ait plus aucun Tutsi à Uvira. On ne veut pas de Tutsi à Uvira. Tous les Tutsi doivent quitter la ville », avant d’annoncer le lancement d’une campagne « Retour au Rwanda pour tous les Tutsis », rappelant frontalement la dialectique des autorités en place à Kinshasa qui continuent de nier toute existence des Tutsi congolais. « Au-delà de ces dix jours, vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous a pas prévenu », poursuit le message qui annonce ni plus ni moins qu’une future chasse aux Tutsi qui rappelle les pires heures du début des années 90, juste avant le génocide perpétré au Rwanda. Aujourd’hui, il resterait 128 foyers banyamulenge à Uvira. Beaucoup en effet ont déjà pris le chemin de l’exile et se retrouvent notamment dans des camps de réfugiés installés au Burundi. Ingérables wazalendo Les menaces proférées par le chef des wazalendo à Uvira sont la démonstration étincelante de l’échec de la politique du régime congolais qui a choisi délibérément d’armer et d’équiper ces milices plûtot que de développer son armée républicaine. Ces milices, qui regroupent des criminels qui ont commis d’innombrables exactions contre la population civile congolaise, parfois depuis de nombreuses années, sont ingérables. Ces gens volent, pillent, violent, tuent sans être inquiétés. Ils savent qu’ils bénéficient d’une impunité quasi totale puisqu’ils sont nécessaires à la survie du régime de Kinshasa. Menace aussi au Burundi La situation des Tutsi du Burundi est aussi inquiétante. Depuis plusieurs semaines, de nombreux témoignages dénoncent les démarches des imbonerakure, ces milices de jeunes du CNDD-FDD, le parti au pouvoir dans le pays (il dispose désormais de tous les sièges de l’assemblée nationale), qui parcourent les rues de Bujumbura pour identifier les foyers où résident les Tutsi. « Ce recensement vise à pouvoir éliminer physiquement tous les Tutsi si Uvira devait tomber entre les mains des rebelles congolais », explique un avocat burundais. « Le pouvoir de Gitega les considère comme une menace. Il pense qu’ils pourraient être tentés de profiter de la situation au Congo pour renverser le pouvoir du président Évariste Ndayishimiye. C’est ni plus ni moins qu’un nettoyage ethnique qui se prépare. Nous sommes en communication avec plusieurs capitales occidentales pour essayer de mettre en garde contre ce qui se prépare ici », poursuit l’avocat. Hubert Leclercq
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