| Est de la RDC : Face au M23 appuyé par Rwanda, le Burundi bat en retraite |
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Le Soir, 11/12/2025 RD Congo : Après la prise d’Uvira, le Burundi face à la menace rwandaise La prise par le M23 de la dernière ville stratégique du Sud-Kivu fait basculer le conflit aux portes du Burundi, contraint de fermer sa frontière et de revoir son rôle dans le conflit. Face à la menace du M23, le Burundi bat en retraite. Mercredi 10 décembre, le pays a fermé hermétiquement sa frontière après que les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, ont pris le contrôle de la dernière ville qui leur échappait encore dans la province du Sud-Kivu, dans l’Est de la RDC dont ils contrôlent déjà de larges pans. La cité d’Uvira, considérée comme « le balcon » de Bujumbura en raison de sa proximité directe avec la capitale économique burundaise (Gitega est devenue la capitale politique en 2018), est désormais dans le giron de cette milice téléguidée par Kigali. Le conflit qui oppose le Congo et le Rwanda est donc arrivé aux portes du Burundi, faisant craindre une régionalisation de cette guerre qui s’apparente chaque jour un peu plus à des velléités expansionnistes. Le Burundi est désormais visé directement par le Rwanda, qui l’accuse d’avoir « violé le cessez-le-feu ». Kigali estime que les autorités burundaises n’ont pas d’autre choix que de retirer leurs quelque 18.000 soldats qui combattaient aux côtés de l’armée congolaise dans le Sud-Kivu. Une présence militaire qui n’a pas été prouvée. Le Burundi doit par ailleurs gérer une crise humanitaire interne : plusieurs dizaines de milliers de Congolais se sont réfugiés à Bujumbura ces derniers jours, fuyant l’avancée du M23. Le Rwanda veut désengager le Burundi Désengager le Burundi du conflit pourrait justement être l’un des objectifs de cet assaut. Sans cet appui burundais, les troupes congolaises sont démunies face à la puissance de frappe du M23 soutenu par l’armée rwandaise, bien plus organisée et technologiquement mieux équipée. Le contrôle d’Uvira et de la plaine de la Ruzizi permettra au M23 d’empêcher l’arrivée de renforts terrestres depuis le Burundi, mais aussi d’ouvrir une voie vers des provinces situées plus au sud, comme la région minière du Haut-Katanga. Sans compter que le soutien rwandais au M23 se consolide : selon les fuites d’un rapport du Groupe d’experts de l’ONU, révélées par RFI et Le Monde Afrique, le Rwanda aurait quasiment doublé le nombre de troupes engagées à l’est de la RDC, avec entre 6.000 et 7.000 soldats combattant désormais directement sur la ligne de front aux côtés du M23. Kigali maintient toutefois ses démentis. Washington doit « restaurer la crédibilité » de sa médiation Le ministre burundais des Affaires étrangères, Edouard Bizimana, cité par Afrik.com, accuse déjà frontalement le Rwanda d’avoir mené des attaques sur son territoire. Il affirme que trois bombes ont été larguées dans la province de Cibitoke (frontalière de la RD Congo), blessant deux civils. Il ajoute que son pays est « prêt à user de tous les moyens pour protéger ses frontières ». Le Rwanda inflige « une gifle aux Etats-Unis, un doigt d’honneur », a-t-il poursuivi, appelant à des sanctions contre Kigali. Côté RDC, la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Wagner, appelle quant à elle l’administration Trump à « restaurer la crédibilité » de sa médiation, que le président américain vantait quelques jours plus tôt comme un « miracle » lors de la signature d’un accord de paix entre les présidents rwandais et congolais à Washington. Et ce, alors même que se préparait déjà l’assaut d’Uvira. Par Enola Richet
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