L'économie du Burundi embourbée dans le casse-tête de la pénurie des devises
Analyses

@rib News, 01/01/2026

Le casse-tête de la pénurie des devises au Burundi :
diagnostic, historique et enseignements comparés régionaux

Par JP Mbona, janvier 2026

Ah, quelle douce ironie de terminer une année et en commencer une autre à maugréer, à broyer du … noir : je suis là, la valise virtuelle pleine de dollars ou d’euros (devises plus prisées dans le pays), mon compte bien garni. Et moi, fier d’être rentré après moult années en diaspora à envoyer au pays mes maigres économies gagnées à la sueur de mon front (ce que la famille restée sur la colline ou dans le quartier ignore magistralement), je découvre que dans mon propre pays, mon très joli et vert Burundi, ma banque me répond « non, circulez, on n’a rien ; on ne peut pas vous donner même un petit 1 000 USD ».

Oui, vous avez bien lu, mille dollars. Je veux juste sortir mille dollars de MON compte en devises, celui que j’avais été encouragé à ouvrir à grand coups de campagne tonitruante du style « Venez investir chez vous » ; des comptes bancaires dont j’avais entendu qu’elles étaient là pour « connecter la diaspora à la maison ». Et là, on me dit « désolé, il n’y a pas de devises », « on ne peut pas traiter votre demande pour des raisons internes ». Comme si mes dollars avaient fondu dans l’air, ou bien que j’avais confondu mon livret d’épargne avec un bon-pour-un-café. Je jubile d’être allé au guichet VIP avenue de l’Uprona et d’entendre que mon argent est bloqué, que « ce n’est pas le moment », ou encore « veuillez revenir plus tard ». Plus tard… comme si mes factures sur mon chantier pouvaient attendre que votre devise soit « disponible ».

Et pendant ce temps, on nous vante les comptes « diaspora » ouverts en USD/EURO, la liberté de verser depuis l’étranger, tout ça tout ça… Et quand on demande l’accès concret à ces fonds, on rencontre les murailles, les blocages, les « réglementations », les « contrôles », voire des menaces d’emprisonnement si jamais vous vous faites surprendre en train d’échanger audit « marché noir » les rares sous qui vous restent pour… manger ! Comme si je ne méritais pas de disposer de mon propre argent, puni pour avoir voulu me préparer un avenir dans mon pays. Je reste là, à observer mon solde en ligne, figé comme une statue, pendant que mon compatriote sur le marché parallèle derrière l’immeuble d’à côté sort des liasses à tour de bras, évidemment, parce que là il y a « des devises ». Bravo à moi, à la diaspora pleine de promesses, puis à cette banque qui se glorifie de collecter vos devises … pour ensuite, quand vous demandez « haha pouvez-vous me donner 500 USD s’il vous plaît ? », vous répondre « hum, on réfléchit ». Merci pour ce merveilleux service. J’enrage ; je n’en peux plus ; j’ai envie de ne plus revenir ici ; de ne plus rien entreprendre dans ce pays de m…, comme dirait le sieur ricain qui a fini par tremper tout le monde entier. Pourtant je suis là dans ma patrie que j’aime !

Pour les plus curieux d’entre vous, consultez donc les pages d’archives de la bien-aimée BRB, et vous trouverez la dernière fois que le USD équivalait à 5, 10, 20 … moins de 100 Bif. Seulement c’est quand les chiens avaient des cornes, les poules des dents et les chèvres des ailes ! Le Burundi traverse depuis de nombreuses années une crise persistante de devises étrangères qui entrave fortement sa capacité à financer les importations, à stabiliser sa monnaie nationale et à soutenir son développement économique. Cette situation a des effets négatifs multiples : sur l’offre d’importations, le taux de change, l’inflation et, plus largement, sur la confiance des opérateurs économiques.

Ce menu propos dessine une brève perspective historique de la pénurie des devises au Burundi (depuis les années 1990), expose les causes profondes, présente les mécanismes mis en œuvre et suggère de modestes (l’auteur n’est pas du tout économiste de spécialité, soyez gentils dans vos critiques…) pistes de solution. Afin d’éclairer les enjeux, on s’autorisera également une incursion comparative dans la gestion du marché des changes de deux pays voisins comme le Kenya et la Tanzanie qui semblent offrir des exemples contrastés de régimes de change et de politiques de devises étrangères.

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